05.03.2010
Jean Georges SCHLICHTIG : un ébéniste prolifique
Une récente visite en salle des ventes m'a permis de regarder et d'étudier de prêt l'oeuvre d'un très bon ébéniste :Jean Georges SCHLICHTIG. Il s'agissait d'une très belle commode transition sur laquelle je reviendrai plus tard. Je saisis cette occasion pour vous faire découvrir ce maître.
Plusieurs raisons motivent la rédaction de cette note. La première est que les meubles de SCHLICHTIG passent régulièrement en ventes aux enchères, et se trouvent encore chez les antiquaires. En effet, la production sortant de ses ateliers était abondante. C'est donc un nom que les amateurs seront amenés à croiser un jour. La seconde raison est que les meubles sont accessibles, encore plus à l'heure actuelle. Enfin, il s'agit là de meubles de qualité, particulièrement les créations de style transition et Louis XVI.
Biographie :
On connaît malheureusement peu de choses au sujet de ce très bon ébéniste.Les ouvrages spécialisés font état que Jean Georges SCHLICHTIG fut reçu maître le 02 octobre 1765, tardivement, puisqu'il était âgé de prêt de 40 ans. Si l'on ignore sa date de naissance, on sait en revanche, d'après l'inventaire de l'atelier fait après décès, qu'il est mort en février 1782. Il est d'origine allemande, comme pratiquement deux tiers des ébénistes installés rue du faubourg saint Antoine à PARIS, parmi lesquels figurent de prestigieux maîtres tels WEISWEILER, BVRB, OEBEN, RIESENER.... . On retrouve trace par la suite de son activité rue saint Nicolas. A sa mort, sa veuve a poursuivi l'activité jusqu'en 1787. Sa production s'est donc arrêtée alors que le style Louis XVI était en plein essor.
Il estampillait ( avec prodigalité, selon Jean NICOLAY, qui a relevé jusqu'à 4 fois son estampille, ainsi que le poinçon de Jurande sur une même commode ) avec un fer marqué I G SCHLICHTIG. Les caractères sont espacés, hauts et larges ( l'estampille totale mesure 9 cm de long et 0.7 cm de haut ! ).


Production :
SCHLICHTIG, comme l'indique sa date d'accès à la maîtrise, a commencé son activité alors que le style Louis XV était bien implanté. Les modèles que l'on connait de lui datant de cette période sont essentiellement des commodes et des secrétaires, n'appelant aucune remarque particulière. En salle, j'ai vu passer à plusieurs reprises des commodes en placage de bois de rose et de bois de violette. J'ai le souvenir de beaux modèles, classiques. Jean NICOLAY et Pierre KJELLBERG signalent des modèles Régence, mais je n'ai pas eu l'occasion d'en voir.
L'essentiel de la production de SCHLICHTIG date de la période transitoire des styles Louis XV à Louis XVI. Il a marqué une prédilection pour les commodes, dont il a su manier les volumes et les proportions avec aisance. Côté décoration, les marquetteries sont généralement classiques : frisages et placages en ailes de papillon ou en rosace pour les productions habituelles, plus rarement rinceaux, bouquets, trophées, instruments pour les modèles les plus ouvragés. Quelques modèles sont hors du commun ( cf ci-dessous ) et reçoivent une marquetterie en conséquence. Les ornementations de bronze sont de qualité, souvent discrètes. Les créations de style Louis XVI sont, selon Jean NICOLAY, plus banales. Je me souviens avoir vu deux commodes en demi lune en bois précieux, de conception stricte, relativement sèche malgré un bel aspect des placages.
SCHLICHTIG est donc un très bon ébéniste mais ses créations, bien que de qualité, n'ont pas de " signature " ni de caractéristiques propres. Il est donc extrêmement difficile de lui attribuer tel ou tel ouvrage. On sait que l'on est " face à un SCHLICHTIG " uniquement lorsque l'on découvre l'estampille.
Parmi les modèles d'exception figure une commode portant les chiffres de Marie Antoinette dans la marquetterie, ce qui indique qu'il aurait travaillé pour la Couronne. Cette commode, conservée au musée du Louvres ( reproduite ci-dessous ), a des proportions irréprochables. Elle est à double ressaut central, et est décorée d'une marquetterie de bois indigènes, de bois teintés et d'ivoire. Elle représente des scènes galantes et des paysages.Ce type de marquetterie, extrêment complexe, et mêlant plusieurs matériaux, est très rare. Sa qualité d'exécution, et le fait que des créations de même goût aient été retrouvées sur des ouvrages de JANSEN, DELOOSE ou COSSON font avancer la théorie que SCHLICHTIG a fait appel à un marqueteur pour décorer son ouvrage, ce qui est plausible. En effet, certains ébénistes, très habiles dans ce domaine, ont été sollicités par leurs confrères pour décorer leurs propres ouvrages .















Commentaires
Merci pour l'astuce, en voilà d'un point de vue constructif, j'adore. Auriez-vous des forums ou blogs à me recommander ?
Écrit par : luminaire | 19.03.2010
Répondre à ce commentaireBonjour,
je n'ai pas pour l'instant de blog à vous recommander, car la majorité de ceux que j'ai visité traitent des métiers d'art, où sont des sites de vente de professionnels.
Etes vous amateur de meubles anciens ?
Cordialement.
Écrit par : Cédric | 20.03.2010
Waw, excellent, j'apprécie votre style. Ca fait du bien de vous lire !
Écrit par : cote | 07.04.2010
Répondre à ce commentaireBonjour,
merci pour votre intérêt.
J'espère que d'autres internautes seront de votre avis, car, en ce moment, on se sent bien seul lorsque l'on parle de meubles anciens !
La mode n'est plus à l'objet unique, mais à celui que tout le monde a. Dommage.
Tout étant cyclique dans le domaine des antiquités, attendons patiemment la redécouverte de notre patrimoine par les foules.
Écrit par : Cédric | 07.04.2010
Bonsoir,j ai en ma possession une encoignure louis xvi en marqueterie de cube estampillee de jean georges schlichtig.Je peux vous faire parvenir des photos de ce meuble si cela vous interesse cordialement.
Écrit par : GRABINSKI | 30.11.2010
Répondre à ce commentaireÉcrire un commentaire