25.04.2010
Jean Baptiste Bernard DEMAY, un menuisier trop peu cité
De nombreuses questions m'ont été posées sur un siège figurant sur l'un des clichés présentant mon bureau plat ( cf note du 03 avril 2010 ).
Ce siège, fort discret sur cette photo, et pas du tout mis en valeur ( bien évidemment, puisque ma note traitait du bureau en question ), a fait chauffer quelques claviers !
Je vais donc ravir certains esprits avides et rassasier la curiosité de quelques amateurs ayant un oeil bien aiguisé ma foi !
Ce très beau fauteuil est en fait le fleuron de ma collection de sièges. Avant de revenir en détail sur cette très belle pièce, parlons un peu de son concepteur Jean Baptiste Bernard DEMAY, qui, à mon goût, est trop peu méconnu au regard de la qualité des ouvrages qu'il nous a laissé.
Je n'aborderai ici que les productions de l'époque Louis XVI, laissant les oeuvres du XIX ème de côté, non pas parce qu'elles sont inintéressantes, bien au contraire, mais parce qu'elles concernent une période pour laquelle je possède des connaissances insuffisantes pour pouvoir rédiger objectivement un article ( cependant, si le coeur vous en dit, vous pouvez m'y aider ... )
BIOGRAPHIE :
Jean Baptiste Bernard DEMAY est un menuisier en sièges né en 1759 et mort le 4 février 1848. Il accède à la maîtrise le 14 mars 1784 .
Ces dates sont importantes, car elles montrent que cet artisan a eu une longévité exceptionnelle pour l'époque ( 89 ans ). Sachant adapter son savoir-faire aux goûts à la mode, il a commencé son activité en plein essor du style Louis XVI, l'a poursuivi sous le Directoire, l'Empire, la Restauration, le règne de charles X,pour l'achever sous Louis Philippe. De ces deux dernières périodes, je n'ai pas trouvé trace de sa marque apposée sur un quelconque ouvrage. De deux choses l'une : soit il avait cessé son activité ( ce dont je doute ), soit il n'estampillait plus ses oeuvres, cette obligation étant depuis longtemps tomber en désuétude.
Denise LEDOUX-LEBARD signale que ses affaires ont périclité à partir de 1809, date à laquelle il fit faillite.Malgré l'obtention d'un concordat au mois de décembre de la même année, ses affaires allèrent de mal en pis à compter de 1814, malgré des commandes du Garde meuble impérial, notamment en 1811. L'année suivante, il ne put honorer une commande de couchettes destinées aux ouvriers parisiens . Il n'est pas précisé à quelle date il cessa d'exercer. On sait que la crise du second Empire lui sera fatale, mais qu'à t il produit jusque là ?
Jean Baptiste Bernard DEMAY accède à la maîtrise à l'âge de 25 ans, ce qui est un peu au dessous de l'âge moyen, qui se situe vers 30 ans. On peut donc en déduire que ses lettres ont été acquises après une période d'apprentissage écourtée, certainement en raison de son grand talent et de son habileté. La finesse de ses créations de style Louis XVI, les motifs ornementaux utilisés ainsi que leur tracé particulier, l'équilibre des volumes et les liaisons entre les éléments des sièges, particulièrement soignées, laissent supposer qu'il a été compagnon dans un très bon atelier parisien.En effet, les règles corporatives de l'époque imposaient une période de compagnonnage et d'apprentissage qui ne pouvait se faire qu'auprès d'autres maîtres. En fait, il a convolé en juste noce avec l'une des filles de Claude SENE, Claudine Jeanne. Celà lui permis d'une part d'accéder à la maîtrise plus facilement et d'autre part de lui ouvrir les portes des ateliers d'une des plus prestigieuses familles de maîtres en siège de l'époque, d'où la qualité de ses ouvrages.
DEMAY eut plusieurs adresses. Il débuta son activité au faubourg Saint Antoine, fief de nombreux maîtres prestigieux, au numéro 266 Grande Rue. Vers 1806, il emménagea au 43 rue de cléry, dans l'atelier de son beau père, Claude SENE, qu'il conserva après la mort de ce dernier , survenue en 1807. Vers la fin de sa vie, il se retira au 189 rue du faubourg Saint martin, où il mourrut.
De son union avec Claudine Jeanne SENE nacquirent plusieurs enfants, dont deux garcons. François Jean, qui embrassa le métier de son père, et Antoine Gaspard, qui fut un temps ouvrier-ébéniste avant de devenir marchand-frippier.
PRODUCTION :
La production de DEMAY se signale toujours par un soin particulier apporté aux détails et à la finesse des sculptures, quelque soit l'époque concernée.
Il travailla régulièrement pour la Couronne.Il reçut des commandes de Marie Antoinette pour meubler le Petit Trianon ( ce qui le fit passer à la postérité ), puis du garde Meuble Impérial.
Jusqu'à la révolution, il utilise l'estampille JBB DEMAY ( ci-dessous celle relevée sur le siège dont je vous parlerai plus bas ).

Après celle-ci, et jusqu'à la fin de son activité, il emploie l'estampille sur deux lignes DEMAY RUE DE CLERY.

DEMAY est considéré par certains auteurs comme l'un des meilleurs chaisiers de la fin du XVIII ème. Sa production de style Louis XVI est essentiellement composée de sièges laqués et dorés, comme c'était la mode. Il eut une prédilection pour les petites chaises ( ponteuses, voyelles, prie Dieu ) et les sièges de salle à manger. La plupart de ses créations ont des dossiers ajourés à motifs de lyre, de gerbe ou encore de montgolfière. Sans être un pionnier du style, DEMAY invente des dérivations ornementales qui lui sont propres. Dès ses débuts, il bénéficie des commandes de la Couronne, sous la protetion de Marie Antoinette, qui lui commande un ensemble de siège pour le Petit Trianon.
Le musée des arts décoratifs de PARIS conserve un très bel exemplaire de fauteuil à la reine appartenant vraisemblablement à ce meuble. Il comporte des pieds sculptés de spirales, de même que les consoles d'accotoir en forme de balustre. La ceinture est sculptée de frise d'entrelacs, et le dossier de rubans tors. Les spirales, chez DEMAY, sont serrées, et quasiment horizontales sur les pieds, ce qui est l'une de ses spécificités, de même que les consoles d 'accotoir reposant sur des butées cannelées, et le motif floral ornant les dés de raccordement. Vous remarquerez les feuilles d'acanthe finement sculptées ornant la base des console d'accotoir et le pommeau de l'accotoir, trait commun à de nombreux siège de DEMAY. Ce décor permet de dater ce siège vers 1785/1790.

Le musée Carnavalet conserve, quant à lui, une chaise à dossier montgolfière en hêtre peint, et à assise ronde. Le dossier est particulièrement fin. Les pieds sont sculptés de fines cannelures rudentées. La margueritte figurant sur le dé de raccordement est l'un des motifs caractéristiques de DEMAY.


Le fauteuil que je possède est exceptionnel à plus d'un titre. Je pense d'ailleurs qu'il fait partie d'un meuble de commande. Sa qualité d'exécution n'exclue pas une provenance royale, mais, au stade de mes recherches, ce n'est qu'une hypothèse. Je vous laisse en juger.









12:28 Publié dans Biographies, Fiches techniques, Sièges d'époque Louis 16 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : meubles estampilles, meubles louis xvi



Commentaires
Bonjour ce fauteuil de Demay est du même modèle me semble t'il qu'un fauteuil qui était passé en salle des vente à Aurillac à la fin des années 90 ou début 2000. Le modèle est effectivement surprenant et je l'avais remarqué à l'époque. Peut être que ce fauteuil est d'ailleurs le même.
Il me semble qu'il avait fait l'objet d'un encart dans la gazette de l'hôtel drouot.
Si ces informations peuvent vous aider pour continuer vos recherches.
Cordialement
Écrit par : pascal | 12.01.2011
Répondre à ce commentaireBonjour une série de sièges similaire estampillée de Demay en bois doré est en vente sur le site internet leage.
Sinon pourriez vous m'indiquer si à la fin du XVIII les fauteuils de bureau en acajou peuvent être collés. En effet je possède un fauteuil à assise tourante en acajou avec pieds en console mais il n'y a aucune cheville d'appararente. Par contre le dossier est cassé au niveau de l'assemblage avec le montant et on voit la présence de 2 chevilles emboitées dans la structure de part et d'autre et collées avec une colle jaune pale . Ce siege dispose de diverses estampilles "JACOB FRE" et une "IACOB". La ceinture du pietement a été peu évidée (elle est arrondie vue de dessous). Les roulettes sont en bronze et fixées par 2 vis du le dessus de la ceinture
Pourriez vous me donner votre avis sur ce siege ; merci pour vos renseignements
Écrit par : marc | 01.05.2012
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