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30/06/2010

Coup de gueule contre certaines pratiques des salles des ventes.

Au travers de cette note, je pousse un vrai " coup de gueule " ( ce qui est rare de ma part ) contre certaines pratiques des commissaires priseurs. Je vous laisse juger la raison de mon courroux.

Dans une vente cataloguée ( je dis bien cataloguée, ce qu'il est important de retenir, car la responsabilité de divers intervenants est engagée dans ce cas ), j'avais repéré une commode d'époque Louis XV tout à fait atypique, qui m'intéressait bien.

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Présentée comme étant un travail du dauphinois, elle était en placage de bois de bout ( chant du plateau ) et bois indigène, certainement du frêne et du noyer. Cette commode avait comme particularités une singulière ornementation de bronze ( mufles de lion, sabots fendus, feuillage et ce que je pense être des ailes de chauve souris ) et une petite taille ( 98 cm ) . Renseignements pris auprès de l'étude proposant ce meuble, on m'apprit que les sabots de la commode étaient du même modèle que ceux utilisés par la dynastie des HACHE à GRENOBLE.

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Cependant, cette commode ne leur était pas attribuée, ce qui m'a paru étrange. Elle présentait en revanche bien des atouts malgré son état épouvantable . En effet, sa remise en état nécessitait un complet déplacage et un replacage intégral du plateau, cette dernière partie ayant été anciennement remplacée par un cuir.

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Après de minutieuses recherches, je n'ai trouvé aucun meuble proche exécuté par les HACHE. Je n'ai pas réussi à savoir de quel bois était fait le bâti, ce qui aurait pu constituer un indice important pour identifier une origine géographique. Certaines caractéristiques ( galbe, placage, bronzes prolifiques ), m'ont permis de m'orienter vers un travail étranger, très certainement italien, ce qui change beaucoup de choses quant à la valeur de ce meuble.

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Estimé 5/6000 euros, celui ci a été adjugé difficilement à l'estimation haute ( frais en sus ).Attribué à HACHE, il aurait quasiment doublé cette dernière.

Ce qu'il faut retenir :  

Cette expérience ( comme beaucoup d'autre ... ) montre qu'il faut lire très attentivement la description fournie par les catalogues de vente, et ne pas hésiter à poser des questions pertinentes en cas de doutes ou de renseignements incomplets. Voici comment était décrit cette pièce de mobilier ( decriptif figurant au catalogue ) :

 " Commode en placage de noyer de forme galbée toutes faces. Ouvrant par trois tiroirs sur trois rangs. Ornementations de bronze pour les entrées de serrures et poignées à décor de mufles de lion, coquilles et feuillages stylisés. Pieds cambrés terminés par des sabots fendus fleuris.Louis XV, probablement fabrication Dauphinoise, XVIII e.Haut. 89, Larg. 98, Prof 62 cm. (insolée, manques au plateau).Les sabots utilisés sont ceux employés par Pierre et Thomas Hache à Grenoble. Provenance : château de Touraine. Remerciements à MM. X et Y ( je masque ici volontairement les noms cités, qui sont des experts de renom ) de ces précisions. "

Attardons nous tout d'abord sur la description. Celle ci est relativement sommaire, comme c'est l'usage. Remarquez qu'un accent particulier est mis sur l'ornementation de bronzes, alors qu'il n'est à aucun moment question de la qualité du placage, ce qui attire déjà l'attention sur ces derniers, et les met en avant. Le suite de la description concerne l'époque qui, sans ambiguïté, est l'époque Louis XV, donc XVIII ème. En revanche, l'origine géographique est incertaine, puisqu'elle est "probablement dauphinoise". L'état est ensuite signalé.Là, le descriptif est plus que vague, puisque le placage de la commode est complètement soufflé, et que les manques du plateau signalés sont en fait l'absence complète de placage sur ce dernier ( voyez de quelle façon sont minimisées les choses ) !

Enfin, et voilà l'ambiguité que je tiens à dénoncer, car je la trouve plus que litigieuse, et très mal placée, la fameuse mention " les sabots utilisés sont ceux employés par Pierre et thomas HACHE " ! Si on lit bien le descriptif plus haut, on se rend compte que les bronzes sont contemporains de l'époque puisqu'ils sont décrit avant que cette dernière soit indiquée. On peut donc en déduire que si ces bronzes sont utilisés par les frères HACHE et sont " nés " avec la commode, cette dernière peut leur être attribuée. Le fin du fin étant les remerciements adressés aux experts ayant donné leur avis sur lesdits bronzes notamment.

Connaissant ce cabinet d'expertise, je les ai donc contacté. Surpris par ma démarche, l'un d'eux m'a fait part de sa stupeur de voir son nom cité dans le descriptif. Il m'a confié avoir émis un avis ( et juste un avis ) d'après des photos qui lui avait transmises l'étude par internet ....

Cet expert a fermement condamné cette pratique. En effet, son nom étant cité, sa responsabilité ( ou, tout du moins, le sérieux de son cabinet ) peut être engagée, alors que lui même n'a pas étudié le meuble en question comme il doit le faire lorsqu'il est mandaté en tand qu'expert pour une vente, et qu'il n'est pas en mesure de se porter garant des mentions figurant au catalogue. Il ajoute même que la pratique du commissaire priseur responsable est dangeureuse à ce titre, précisant cette étude y a recours très fréquemment.

Et effectivement, à la lecture de la liste des experts figurant dans les premières pages du catalogue ( car, je me répète, il s'agissait d'une vente cataloguée, donc dont les objets étaient garantis ), le cabinet concerné n'apparaît pas, ce qui signifie que la commode n'avait pas été expertisée, comme pratiquemment aucun des meubles figurant à cette vente !

Pourquoi procéder ainsi ? Deux raisons me viennent à l'esprit : soit les meubles ne valent pas une expertise ( soit parcequ'ils ont déjà été " vus " et sont plus ou moins litigieux soit parce que, dans le cadre d'une succession, les vendeurs n'ont pas voulu supporter le surcoût d'une telle démarche ), soit parce que l'étude ne veut pas se lancer dans des frais supplémentaires, estimant que la visite des lots suffit à se forger une opinion sur ces derniers.

J'attire également votre attention sur le fait, comme me le confiait cette semaine une très bonne antiquaire de ma région, que la majorité des objets présentés en vente catalogués ont été " placés " là par des professionnels qui ne sont pas arrivés à les vendre en boutique. Ces meubles ou objets d'art ont donc été déjà " vus et revus " en magasin ou sur des salons, et n'ont pas trouvé preneur, tand au niveau des professionnels que des particuliers, ce qui n'est pas franchement bon signe. Dans le cas présent, la mention " Provenance : château de Touraine " est plus que subjective ! En effet, ce bien peut provenir effectivement directement d'une telle demeure, ou avoir été acheté à cet endroit il y a 1 mois, 1 an ou 10 ans par un marchand, qui n'a pas pu le revendre, mais a un justificatif de provenance... Tout est sujet à caution ....

Bien évidemment, pour attirer badauds et amateurs, cette vente était proposée dans un cadre idyllique ( un château ) au cours d'une garden party, au sein de laquelle les personnels de l'étude étaient aux petits soins pour " mettre en condition " les acheteurs éventuels, vantant à tord en général les mérite de tel objet ou louant la rareté de tel meuble. Tout cela, bien évidemment, à grand renfort de publicité dans la presse spécialisée !

Pour ma part, j'ai dû contacter l'étude 5 fois par mail et 3 fois par téléphone avant que l'on me fasse parvenir l'intégralité des clichés que j'avais demandé, et que l'on me donne les éléments dont j'avais besoin pour me faire ma propre opinion sur la dite commode. Et ce n'est qu'au dernier appel que l'on m'a dit que l'expert avais émis un avis sur photo ! Un manque de spontanéité évident de la la part de l'étude que je déplore amèrement, et qui remet en cause la probité et le sérieux de cette dernière.

En conclusion, soyez tenace lors de vos investigations, et ne vous laissez pas " endormir " pas des descriptifs approximatifs, des descriptions approximatives ou des flatteries exacerbées !

Sachez que lorsqu'un expert est désigné sur une vente, son nom est cité au catalogue ( généralement, les n° des lots qu'il a expertisé sont précisés ), ce qui offre une garantie sur l'objet ou l'oeuvre qu'il a examiné. Contactez le pour savoir exactement dans quel état est l'objet que vous convoitez, il vous renseignera avec plaisir !

Quant à cette fameuse vente, montée de tout pièce, elle restera comme un bien mauvais souvenir ....

Et bizarement, deux autres lots, que j'avais misés, et qui bénéficiaient d'estimations relativement basses ( un marbre d'après CARPEAUX estimé 800 euros et un bronze de CHIPARUS estimé 2000 ), ne se sont pas vendus. Une personne de l'étude, contactée par téléphone à l'issue de la vente, m'a répondu, un peu gênée, que ces lots avaient été retirés à la demande du vendeur car les estimations étaient trop basses. Un problème d'indivision qui se passait mal m'a t elle expliqué, le vendeur en voulant respectivement 5000 et 10000 euros ( hé bien, quelles mauvaises estimations ... ). En fait, il est à parier que ces lots étaient placés là pour "faire le nombre " et attirer le client du fait de ces basses estimations, tout comme le reste d'ailleurs ( cadre idyllique, descriptions approximatives, personnel déférent et compatissant ) ....

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Je condamne fermement ces pratiques et vous invite à vous méfier de ces aubaines trop belles et de ces ventes faites dans des lieux prestigieux.

Rassurez vous cependant, toutes les études ne se fourvoient pas dans de telles pratiques. Des commissaires priseurs sérieux organisent régulièrement de bonnes ventes, sans prétention, et dans lesquelles vous trouverez des objets tout à fait honnêtes à prix raisonnables.

Je tiens à préciser que les pratiques déplorables d'une poignée de ces professionnels jette le discrédit sur la profession toute entière. Profession pour laquelle j'ai un profond respect, car fort heureusement, j'ai la majorité du temps affaire avec des personnes probes et honnêtes dont le seul objectif est de réaliser au mieux des ventes satisfaisant à la fois l'acquéreur et le vendeur.

Commentaires

c'est trop souvent le cas dans les salles des ventes , non par malhonneteté mais plutôt par méconnaissance. nous sommes restaurateurs de meubles dans la sarthe ( www marqueterieboulle.com) et qui est mieux placé qu'un restaurateur pour comprendre les transformations éventuelles d'un meuble, ses défauts et ses origines ...?jamais ,malgré nos propositions ,les commissaires priseurs sarthois n'ont accepté nos services préférant vendre des meubles avec des appréciations approximatives quant à l'état général , les anciennes restaurations et les matériaux employés:la méthode est simple, laisser l'acheteur dans l'ignorance est l'assurance de vendre le plus cher possible!!!

Écrit par : MURIEL LEGAGNEUR | 12/12/2010

Vous avez malheureusement raison.
Je me pose régulièrement la question de savoir jusqu'où opeuvent aller les commissaires priseurs dans leurs annonces. J'ai encore pu récemmment constater à plusieurs occasions lors de ventes publiques des descriptions plus qu'approximatives, voire totalement erronées, et des commissaires priseurs incapables de répondre à des questions pourtant simples sur l'état des meubles sans avoir recours à un discours alambiqué destiné à " endormir " les derniers bastions de la résistance d'un potentiel acheteur.
Je dis qu'il serait temps de rejeter ces pratiques, et de dénoncr les professionnels peu scrupuleux oeuvrant pour " faire du chiffre " et non par amour des objets.

Écrit par : cedric | 13/12/2010

C'est en informant le public de manière factuelle et précise (comme vous le faites) que l'on peut lutter contre ces pratiques.
Notre tribune vous est ouverte sur http://blog.artisans-patrimoine.fr/ si vous souhaitez élargir votre diffusion.

Écrit par : Artisans du Patrimoine | 15/12/2010

Bonjour,
aucun souci, je me rends sur votre tribune.
Cdt.

Écrit par : cedric | 18/12/2010

Bonjour,
je suis convaincue que certaines pratiques ne sont pas honnêtes ... J'ai fait expertiser une paire de pendants signés chez plusieurs commissaires priseurs et j'ai reçu une estimation de 600 à 800e chez le premier et de 4500e à 6000e chez le dernier ... Cherchez l'erreur ??
Finalement j'ai vendu mes tableaux à un Antiquaire ..
Et sans frais , ni pour moi ni pour l'acheteur ..

Écrit par : Leroy | 08/05/2011

Il ne faudrait pas non plus généraliser quelques cas, à l'ensemble d'une profession...
En matière d'arnaques ou d'erreurs, les antiquaires, ou les restaurateurs, ont aussi leurs moutons noirs.
Le CP touchant un pourcentage sur le prix de vente aura intérêt à le vendre le plus cher possible, ce qui sera également tout bénéfice pour son vendeur.
L'antiquaire, lui, travaillant sur la marge, aura intérêt à acheter le bien le moins cher possible, pour le revendre le plus cher possible...
Quant à leur compétences respectives, je pense qu'il y a comme dans toutes professions des bons et des mauvais...

Écrit par : Eric | 23/10/2012

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