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25/04/2010

Jean Baptiste Bernard DEMAY, un menuisier trop peu cité

De nombreuses questions m'ont été posées sur un siège figurant sur l'un des clichés présentant mon bureau plat ( cf note du 03 avril 2010 ).

Ce siège, fort discret sur cette photo, et pas du tout mis en valeur ( bien évidemment, puisque ma note traitait du bureau en question ), a fait chauffer quelques claviers !

Je vais donc ravir certains esprits avides et rassasier la curiosité de quelques amateurs ayant un oeil bien aiguisé ma foi ! 

Ce très beau fauteuil est en fait le fleuron de ma collection de sièges. Avant de revenir en détail sur cette très belle pièce, parlons un peu de son concepteur Jean Baptiste Bernard DEMAY, qui, à mon goût, est trop peu méconnu au regard de la qualité des ouvrages qu'il nous a laissé.

Je n'aborderai ici que les productions de l'époque Louis XVI, laissant les oeuvres du XIX ème de côté, non pas parce qu'elles sont inintéressantes, bien au contraire, mais parce qu'elles concernent une période pour laquelle je possède des connaissances insuffisantes pour pouvoir rédiger objectivement un article ( cependant, si le coeur vous en dit, vous pouvez m'y aider ... )

BIOGRAPHIE :

Jean Baptiste Bernard DEMAY est un menuisier en sièges né en 1759 et mort le 4 février 1848. Il accède à la maîtrise le 14 mars 1784 .

Ces dates sont importantes, car elles montrent que cet artisan a eu une longévité exceptionnelle pour l'époque ( 89 ans ). Sachant adapter son savoir-faire aux goûts à la mode, il a commencé son activité en plein essor du style Louis XVI, l'a poursuivi sous le Directoire, l'Empire, la Restauration, le règne de charles X,pour l'achever sous Louis Philippe. De ces deux dernières périodes, je n'ai pas trouvé trace de sa marque apposée sur un quelconque ouvrage. De deux choses l'une : soit il avait cessé son activité ( ce dont je doute ), soit il n'estampillait plus ses oeuvres, cette obligation étant depuis longtemps tomber en désuétude. 

Denise LEDOUX-LEBARD signale que ses affaires ont périclité à partir de 1809, date à laquelle il fit faillite.Malgré  l'obtention d'un concordat au mois de décembre de la même année, ses affaires allèrent de mal en pis à compter de 1814, malgré des commandes du Garde meuble impérial, notamment en 1811. L'année suivante, il ne put honorer une commande de couchettes destinées aux ouvriers parisiens . Il n'est pas précisé à quelle date il cessa d'exercer. On sait que la crise du second Empire lui sera fatale, mais qu'à t il produit jusque là ?

Jean Baptiste Bernard DEMAY accède à la maîtrise à l'âge de 25 ans, ce qui est un peu au dessous de l'âge moyen, qui se situe vers 30 ans. On peut donc en déduire que ses lettres ont été acquises après une période d'apprentissage écourtée, certainement en raison de son grand talent et de son habileté. La finesse de ses créations de style Louis XVI, les motifs ornementaux utilisés ainsi que leur tracé particulier, l'équilibre des volumes et les liaisons entre les éléments des sièges, particulièrement soignées, laissent supposer qu'il a été compagnon dans un très bon atelier parisien.En effet, les règles corporatives de l'époque imposaient une période de compagnonnage et d'apprentissage qui ne pouvait se faire qu'auprès d'autres maîtres. En fait, il a convolé en juste noce avec l'une des filles de Claude SENE, Claudine Jeanne. Celà lui permis d'une part d'accéder à la maîtrise plus facilement et d'autre part de lui ouvrir les portes des ateliers d'une des plus prestigieuses familles de maîtres en siège de l'époque, d'où la qualité de ses ouvrages. 

DEMAY eut plusieurs adresses. Il débuta son activité au faubourg Saint Antoine, fief de nombreux maîtres prestigieux, au numéro 266 Grande Rue. Vers 1806, il emménagea au 43 rue de cléry, dans l'atelier de son beau père, Claude SENE, qu'il conserva après la mort de ce dernier , survenue en 1807. Vers la fin de sa vie, il se retira au 189 rue du faubourg Saint martin, où il mourrut.

De son union avec Claudine Jeanne SENE nacquirent plusieurs enfants, dont deux garcons. François Jean, qui embrassa le métier de son père, et Antoine Gaspard, qui fut un temps ouvrier-ébéniste avant de devenir marchand-frippier.

PRODUCTION :

La production de DEMAY se signale toujours par un soin particulier apporté aux détails et à la finesse des sculptures, quelque soit l'époque concernée.

Il travailla régulièrement pour la Couronne.Il reçut des commandes de Marie Antoinette pour meubler le Petit Trianon ( ce qui le fit passer à la postérité ), puis du garde Meuble Impérial.

Jusqu'à la révolution, il utilise l'estampille JBB DEMAY ( ci-dessous celle relevée sur le siège dont je vous parlerai plus bas ).

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Après celle-ci, et jusqu'à la fin de son activité, il emploie l'estampille sur deux lignes DEMAY RUE DE CLERY.

Estampile DEMAY RUE CLERY 1.jpg
LE STYLE LOUIS XVI

DEMAY est considéré par certains auteurs comme l'un des meilleurs chaisiers de la fin du XVIII ème. Sa production de style Louis XVI est essentiellement composée de sièges laqués et dorés, comme c'était la mode. Il eut une prédilection pour les petites chaises ( ponteuses, voyelles, prie Dieu ) et les sièges de salle à manger. La plupart de ses créations ont des dossiers ajourés à motifs de lyre, de gerbe ou encore de montgolfière. Sans être un pionnier du style, DEMAY invente des dérivations ornementales qui lui sont propres. Dès ses débuts, il bénéficie des commandes de la Couronne, sous la protetion de Marie Antoinette, qui lui commande un ensemble de siège pour le Petit Trianon. 

Le musée des arts décoratifs de PARIS conserve un très bel exemplaire de fauteuil à la reine appartenant vraisemblablement à ce meuble. Il comporte des pieds sculptés de spirales, de même que les consoles d'accotoir en forme de balustre. La ceinture est sculptée de frise d'entrelacs, et le dossier de rubans tors. Les spirales, chez DEMAY, sont serrées, et quasiment horizontales sur les pieds, ce qui est l'une de ses spécificités, de même que les consoles d 'accotoir reposant sur des butées cannelées, et le motif floral ornant les dés de raccordement. Vous remarquerez les feuilles d'acanthe finement sculptées ornant la base des console d'accotoir et le pommeau de l'accotoir, trait commun à de nombreux siège de DEMAY. Ce décor permet de dater ce siège vers 1785/1790.

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Le musée Carnavalet conserve, quant à lui, une chaise à dossier montgolfière en hêtre peint, et à assise ronde. Le dossier est particulièrement fin. Les pieds sont sculptés de fines cannelures rudentées. La margueritte figurant sur le dé de raccordement est l'un des motifs caractéristiques de DEMAY. 

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Les occasions sont fort rare de croiser en vente publique ou chez les professionels des sièges de cette époque. Je citerai uniquement à titre d'exemple qu'une bergère à dossier plat en chapeau de gendarme attribuée à DEMAY ( en raison de similitudes avec les sculptures relevées sur un salon en bois doré signé de cet artisan et conservé au Metropolitan Museum de NEW YORK ) a été vendue dans l'état 2200 euros hors frais en 2008 ( étude DAGUERRE, lot n° 181, vente du 21 mars 2008 ).
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Le fauteuil que je possède est exceptionnel à plus d'un titre. Je pense d'ailleurs qu'il fait partie d'un meuble de commande. Sa qualité d'exécution n'exclue pas une provenance royale, mais, au stade de mes recherches, ce n'est qu'une hypothèse. Je vous laisse en juger.

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En hêtre laqué ( la laque est d'origine ), il est très finement sculpté. Tout d'abord les pieds: il sont fuselés, finement cannelés et rudentés à l'avant et à l'arrière ( ce qui n'est pas fréquent ). Je dis que les cannelures sont fines, car on en dénombre 12, alors que sur un siège plus conventionnel, elles sont plus larges, et sont au nombre de 8, plus rarement de 6 ( travail provincial en général ).
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La ceinture, quant à elle, est sculptée d'une frise d'entrelac fleurie, c'est à dire qu'au lieu d'être ornés uniquement au centre d'un disque, les motifs sont sculptés de fleurettes, ce qui est très rare ( ici, il y a alternance disques/fleurettes ).
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Les dés de raccordement sont sculptés dans la masse d'une fine marguerite à l'avant et à l'arrière. Habituellement, seuls les dés de raccordement avant sont sculptés. L'arrière, non visible, est laissé lisse ou au mieux est taillé en pointe de diamant. Ce motif à 10 pointes est typique de DEMAY, mais il n'en a pas eu l'exclusivité ( JACOB, SENE et BOULARD l'ont également utilisé ).
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Ces dés sont sommés d'une butée en forme de colonne tronquée, cannelées et rudentée de fines pointes d'asperge, surmontée d'une rosace. Ce décor est exceptionnel, car très peu de sièges possèdent cette caractéristique, et il est fort probable que DEMAY ait innové en proposant ce motif , directement inspiré des temples antiques.
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La liaison avec les consoles d'accotoir se fait grâce à une sorte d'agrafe. Ces consoles, en léger retrait, sont sculptées finement d'une feuille d'acanthe surmontée de bretages ( ou " grattoir " ).
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Le dossier, quant à lui, est en anse de panier. Il est sommé de plumets, et est entièrement scupté d'une frise d'enrelacs fleurie ( en rappel des sculptures de la ceinture ) et d'un rang de perles sur le chant. Vous remarquerez que la ligne est fluide, et que le dossier se joint parfaitement aux accotoirs.
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L'état de conservation est impressionnant. En effet, aucune restauration importante n'a été faite. Il n'y a pas de renfort en ceinture, et le fauteuil n'a pas de jeu. Seule l'assise a été anciennement rechevillée, ce qui prouve que ce siège n'est passé qu'en de très bonnes mains depuis sa création, ce qui est bien rassurant.
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Les productions d'après Révolution
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Comme je vous l'annonçais en début d'article, je vais plus que survoler cette période, qui, bien qu'étant la plus importante en terme de longévité dans la carrière de DEMAY, nécessite une connaisance que je ne possède pas.
Il faut tout de même savoir que DEMAY, jusqu'au premier Empire, a été sollicité par le garde meuble impérial. Sa production, toujours d'une qualité et d'une finesse exquises, s'est actualisée et a suivi la mode, ce qui lui a permis d'avoir une activité durable, malgré les aléas économiques et les difficultés financières qu'il a rencontré. La crise du second Empire lui sera cependant fatale.
Sa production est essentiellement centrée sur les sièges en acajou, et sur quelques rares meubles d'appoint.
Dans cet esprit, une paire de bergères en acajou en gondole, à décor de col de cygne, munis de pieds finement sculptés et ornée de bronzes a été vendue pour la somme de 5500 euros hors frais en 2009 ( étude KOHN, vente du 29-05-2009, lot n° 41 ), ce qui est une très belle enchère pour un mobilier de cette période ( en effet, le style Empire est désaffectionné des amateurs, ce qui est bien dommage, car la ligne est noble, et les créations de qualité se trouvent encore à des tarifs plus que raisonnables, voir même dérisoires ), justifiée par la très belle qualité de ces sièges, et leur état.
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Dans le même esprit a été conçu ce fauteuil en gondole, muni de bronzes à décor de tête et de pieds de bêlier.
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J'ai également en mémoire ce très beau fauteuil pasé en vente le 27 mars dernier lors d'une vacation de l'étude LAPERRAUDIERE. Ce siège était finement sculpté de bustes de femmes et muni de pieds griffe. Il a été vendu 1850 euros hors frais.
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Doué d'un grand talent, DEMAY a su se distinguer de nombre de ses confrères par la qualité et la finesse de ses ouvrages. Sachant utiliser et personnaliser les décors à la mode, il a marqué de son empreinte le dernier quart du XVIII ème siècle.
Ses oeuvres  de style Louis XVI, rares sur le marché, sont toujours recherchées et séduisent bien des amateurs même en ces temps difficiles.

14/03/2010

Mini lexique de l'amateur de mobilier ancien

 

Cette note a pour but de vous faire découvrir le vocabulaire spécifique employé dans le domaine du mobilier ancien, et de vous aider ainsi à décrypter les compte rendus de salle des ventes et les descriptifs des professionnels de l'antiquité. Non exhaustive, cette note évolutive s'enrichira au fur et à mesure de l'évolution du blog. Le vocabulaire décoratif a été volontairement survolé, car je pense rédiger prochainement plusieurs notes reprenant les motifs d'ornements propres à chaque style.

Pour plus de simplicité, j'ai opté pour un classement alphabétique.

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Abattant : panneau de bois mobile pouvant se rabattre pour fermer tout ou partie d'un meuble. Il peut être positionné à la verticale ( secrétaire ) ou à l'oblique ( bureau de pente ).

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Accotoir ( à ne pas confondre avec accoudoir ) : il s'agit de la partie horizontale du bras d'un fauteuil, supporté par une console d'accotoir ( partie verticale ). C'est la partie sur laquelle on repose son avant bras lorsque l'on est assis sur le siège. L'accotoir est généralement recouvert totalement ou partiellement par une manchette.

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Accoudoir : il s'agit de la partie surplombant le dossier des petits sièges de jeu, telles les chaises ponteuses ou voyelles, et sur laquelle, étant assis à califourchon sur le siège, on reposait ses bras ( ou ses coudes ) pour suivre le jeu. Généralement garnis d'étoffes, ils pouvaient également servir de couvercles à un compartiment destinés à ranger les accessoires utiles à la partie ( dés, cartes, jetons ... ).

Âme : c'est le l'ossature, la structure du meuble, servant de base à celui-ci.

Aronde ( montage à queue d' ): vous côtoierez fréquemment ce terme. Il s'agit d'un système d'assemblage permettant de maintenir deux pièces de bois entre elles par un système de clé. L'une des pièces est creusée et vient recevoir la partie saillante de l'autre. La forme de ces clès est celle d'une queue d'hirondelle ( aronde en vieux français ), d'où le nom. Cet assemblage ne nécessite pas de chevillage, contrairement aux tenons et mortaises.L'étude et le nombre de ces clés sur un meuble ( ou une partie, telle un tiroir ), est déterminante pour dater celui ci.

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Astragale : c'est un bronze placé sur l'arrête du pied d'un meuble et ayant, dans un premier temps, une fonction protectrice et accessoirement une fonction décorative.

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Balustre : c'est une sorte de colonne, renflée en partie basse. La balustre est l'un des éléments décoratifs caractéristique des sièges d'époque Directoire.

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Bâti : c'est l'ensemble de toutes les pièces formant le meuble. Le bâti peut soit être naturel, soit être plaqué ou marquetté.

Bati.JPG

Bouton : il s'agit d'une petite prise fixe et ronde en générale, utilisée principalement sur les petits tiroirs intérieurs des meubles. Le bouton est vissé dans la façade du tiroir.

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Burgau : c'est un coquillage dont on tirait la nacre pour décorer les meubles ( essentiellement pour le mobilier Napoléon III )

Carreau : en mobilier, terme de tapissier pour désigner le coussin garnissant l'assise d'une bergère.

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Cartouche : C'est une sorte de cadre délimitant le décor d'un meuble. Le cartouche peut être sculpté ou marqueté. On le trouve essentiellement sur les panneaux des secrétaires, et, sur certaines commodes d'époque Louis XV, sur un ou plusieurs tiroirs.

Cassolette : motif ornemental typiquement Louis XVI, il représente un urne à couvercle ajouré. La cassolette était en fait un brûle parfum.

Chantourné : cet adjectif décrit une forme sinueuse, figurant des courbes.

Traverse chantournee.JPG

Chapiteau : motif ornemental sommant une colonne. Inspiré des temples antiques, ce motif est très présent à partir du style Louis XVI.

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Châssis : se dit d'une chaise ou d'un fauteuil dont la garniture est entièrement amovible du siège. Celà permettait à son possesseur de changer d'étoffe au gré des saisons ou des modes. Ainsi, un siège à châssis est composé d'un bâti dans lequel viennent s'encastrer les châssis du dossier et de l'assise. Ceux ci sont maintenus en place par des petites pattes en bois ou en métal. Les manchettes sont également amovibles, et sont fixées soit par des grosses chevilles, soit par un fil passant dans des trous spécialement aménagés dans l'accotoir et assurant ainsi le maintien de la manchette. Les sièges à châssis, conçus pour des intérieurs rafinés, sont rares et très chers.

Corniche : ensemble des moulurations formant un ornement en saillie ou à l'aplomb du sommet d'un meuble ( armoire en général ).

Crosse ( dossier à ) : dossier dont la traverse supérieure s'enroule vers l'extérieur ( principaleemtn sur sièges Directoire,  1 er Empire, Restauration, Charles X )

Doucine : figure dont le profil est en S. Composé de deux partie de cercles, celui du dessus concave, et l'autre convexe, elle peut être également reversée, les deux arcles de cercle étant inversés. On parle généralement de sécrétaire à tiroirs à doucine, mais également de commode à doucine renversée. Ce type de profil est fréquemment utilisé sur les meubles du XIX ème, sauf la doucine renversée, qui se trouve sur les commodes Régence et Louis XV .

Entretoise : pièces de bois reliant les pieds d'un meuble ou d'un siège. Elles peuvent avoir la forme d'un H ou d'un X. Les entretoises ont été essentiellement utilisées jusqu'au début de l'époque Louis XV.

Espagnolette : terme poétique pour désigner un ornement en bronze ayant la forme d'un buste de femme et placé aux angles des meubles.

Fuselé ( pied ) : on emploi se terme pour désigné un pied de forme cylindrique dont la forme se rétréci en allant vers le bas ( pieds de meubles et sièges Louis XVI et Directoire ).

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Gaine ( pied en ) : se dit d'un pied à section carrée ou paralellépipédique dont la section à au sommet est plus importante que la section à la base.

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Galerie : il s'agit d'une bande de laiton, généralement ajourée, ceinturant le plateau d'une table ou le marbre d'un meuble. Ayant un effet décoratif, la galerie avait également un rôle fonctionnel car elle était destinée à empêcher les objets placés sur la meuble de tomber ( vaisselle ou objets d'écriture disposés sur les petites tables de salon ou à écrire par exemple ).

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Galette ( pied ) : pied dont l'extrêmité repose sur une boule écrasée ). Selon les région, peut également se nommer pied " miche " .

Gorge : moulure creusée dans un marbre ou une pièce de bois.

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Gradin : partie surplombant un meuble ( généralement un bureau ou un meuble de salon ) et offrant un espace de rangement supplémentaire ( patits tirois ou étagères ).

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Jarret ( pieds en ) : pieds dont la forme du profil rappelle celle du haut de la patte arrière d'un félin

Lingot : moulure en laiton, généralement imposante, ceinturant le plateau des maubles ( bureaux essentiellement ).

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Ove : motif décoratif répétitif composé d'une succession de formes ovoïdes.

Panneau : ensemble des pièces de bois enchâssés dans un encadrement ( portes, abattant, côtés ).

Patère : ornement rond à décor de rosaces.

Pilastre : colonne platte placée en excroissance du meuble.

Prise : poignée fixe ( par opposition à poignée tombante )

Ressaut ( à ) : décrochement au centre de la façade d'un meuble ( généraleemnt une commode ). Signe de qualité par ailleurs.

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Rinceau : motif décoratif à connotation végétale représentant de fines branches s'enroulant sur elles mêmes ou courant sur le panneau.

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Rocaille : terme employé pour désigner un style formé de lignes courbes et déchiquetées, très à la mode sous Louis XV. Repris exagéremment au XIX ème, il est qualifié de style " Rococo ".

Ronde bosse : se dit d'une sculpture en fort relief autour duquel on peut tourner ou qui se dégage complètement de son support ( sculptures de la Haute Epoque ).

Sabot : ornement situé à l'extrêmité du pied d'un meuble et destiné à le protéger des chocs et/ou de l'humidité.

Tablier : sur la trverse inférieure d'un meuble ( armoire ou commode essentiellement ), se dit d'une partie présentant un décrochement vers le bas, ou formant saillie ou encore débordant de celle ci. Autre nom : " cul de lampe " .

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Tirette : partie mobile d'un meuble, rétractable, sur laquelle on peut tirer et qui augmente la surface utile de celui ci.

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Trumeau : destiné à orner le dessus des cheminées, le trumeau est généralement composé d'un miroir surmonté d'une toile ou d'une sculpture, le tout enchassé dans un cadre étroit. Le trumeaux sont généralement de taille imosante.

Vantail ( pluriel : vantaux ) : panneau d'un meuble s'ouvrant à la verticale, masquant tout ou partie de l'intérieur de celui ci ( en fait, il s'agit d'une petite porte ).

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Vantaux sur secrétaire Louis XVI estampillé RUBESTUCK

Volute : désigne une forme enroulée en spirale.

 

 

 

05/03/2010

Jean Georges SCHLICHTIG : un ébéniste prolifique

Une récente visite en salle des ventes m'a permis de regarder et d'étudier de prêt l'oeuvre d'un très bon ébéniste  :Jean Georges SCHLICHTIG. Il s'agissait d'une très belle commode transition sur laquelle je reviendrai plus tard. Je saisis cette occasion pour vous faire découvrir ce maître.

Plusieurs raisons motivent la rédaction de cette note. La première est que les meubles de SCHLICHTIG passent régulièrement en ventes aux enchères, et se trouvent encore chez les antiquaires. En effet, la production sortant de ses ateliers était abondante. C'est donc un nom que les amateurs seront amenés à croiser un jour. La seconde raison est que les meubles sont accessibles, encore plus  à l'heure actuelle. Enfin, il s'agit là de meubles de qualité, particulièrement les créations de style transition et Louis XVI.

Biographie :

On connaît malheureusement peu de choses au sujet de ce très bon ébéniste.Les ouvrages spécialisés font état que Jean Georges SCHLICHTIG fut reçu maître le 02 octobre 1765, tardivement, puisqu'il était âgé de prêt de 40 ans. Si l'on ignore sa date de naissance, on sait en revanche, d'après l'inventaire de l'atelier fait après décès, qu'il est mort en février 1782. Il est d'origine allemande, comme pratiquement deux tiers des ébénistes installés rue du faubourg saint Antoine à PARIS, parmi lesquels figurent de prestigieux maîtres tels WEISWEILER, BVRB, OEBEN, RIESENER.... . On retrouve trace par la suite de son activité rue saint Nicolas. A sa mort, sa veuve a poursuivi l'activité jusqu'en 1787. Sa production s'est donc arrêtée alors que le style Louis XVI était en plein essor.

Il estampillait ( avec prodigalité, selon Jean NICOLAY, qui a relevé jusqu'à 4 fois son estampille, ainsi que le poinçon de Jurande sur une même commode ) avec un fer marqué I G SCHLICHTIG. Les caractères sont espacés, hauts et larges ( l'estampille totale mesure 9 cm de long et 0.7 cm de haut ! ). 

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Production :

SCHLICHTIG, comme l'indique sa date d'accès à la maîtrise, a commencé son activité alors que le style Louis XV était bien implanté. Les modèles que l'on connait de lui datant de cette période sont essentiellement des commodes et des secrétaires, n'appelant aucune remarque particulière. En salle, j'ai vu passer à plusieurs reprises des commodes en placage de bois de rose et de bois de violette. J'ai le souvenir de beaux modèles, classiques. Jean NICOLAY et Pierre KJELLBERG signalent des modèles Régence, mais je n'ai pas eu l'occasion d'en voir.

L'essentiel de la production de SCHLICHTIG date de la période transitoire des styles Louis XV à Louis XVI. Il a marqué une prédilection pour les commodes, dont il a su manier les volumes et les proportions avec aisance. Côté décoration, les marquetteries sont généralement classiques : frisages et placages en ailes de papillon ou en rosace pour les productions habituelles, plus rarement rinceaux, bouquets, trophées, instruments pour les modèles les plus ouvragés. Quelques modèles sont hors du commun ( cf ci-dessous ) et reçoivent une marquetterie en conséquence. Les ornementations de bronze sont de qualité, souvent discrètes. Les créations de style Louis XVI sont, selon Jean NICOLAY, plus banales. Je me souviens avoir vu deux commodes en demi lune en bois précieux, de conception stricte, relativement sèche malgré un bel aspect des placages.

SCHLICHTIG est donc un très bon ébéniste mais ses créations, bien que de qualité, n'ont pas de " signature " ni de caractéristiques propres. Il est donc extrêmement difficile de lui attribuer tel ou tel ouvrage. On sait que l'on est " face à un SCHLICHTIG " uniquement lorsque l'on découvre l'estampille.

Parmi les modèles d'exception figure une commode portant les chiffres de Marie Antoinette dans la marquetterie, ce qui indique qu'il aurait travaillé pour la Couronne. Cette commode, conservée au musée du Louvres ( reproduite ci-dessous ), a des proportions irréprochables. Elle est à double ressaut central, et est décorée d'une marquetterie de bois indigènes, de bois teintés et d'ivoire. Elle représente des scènes galantes et des paysages.Ce type de marquetterie, extrêment complexe, et mêlant plusieurs matériaux, est très rare. Sa qualité d'exécution, et le fait que des créations de même goût aient été retrouvées sur des ouvrages de JANSEN, DELOOSE ou COSSON font avancer la théorie que SCHLICHTIG a fait appel à un marqueteur pour décorer son ouvrage, ce qui est plausible. En effet, certains ébénistes, très habiles dans ce domaine, ont été sollicités par leurs confrères pour décorer leurs propres ouvrages .

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SCHLICHTIG a fabriqué, plus rarement, de petites tables, des coiffeuses, des meubles d'usage. Ceux ci étaient généralement de fabrication soignée, mais classique, à l'image de la coiffeuse réalisée à la fin du style Louis XV figurant ci-dessous. De ligne un peu raide, elle a été vendue environ 1900 euros en 2009.
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Un très beau bureau plat de style Louis XV est également passé en vente publique en 2008.En placage de bois de rose, il comportait une riche ornementation de bronze. Cette très belle facture lui a permis de bénéficier d'une estimation de 80/100 000 euros.
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Le musée de CLEVELAND, quant à lui, conserve dans ses collections une extraordinaire petite table de salon de style transition. Remarquablement exécutée, elle comporte une marquetterie toute face à décor d'attributs de l'écriture. Elle ouvre par deux vantaux découvrant trois petits tiroirs.
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Mentionnons également un très beau secrétaire marquetté à décor d'instrument de musique, de bouquet de fleurs et de rinceaux vendu près de 11 000 euros ( hors frais ) à Genève en 2008.
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Hormis quelques modèles d'exception, à l'image de ceux que je viens de vous présenter, et qui l'ont fait remarqué et passer à la postérité, SCHLICHTIG a fabriqué des meubles de facture classique, mais toujours très bien construits.
Comme je l'ai écrit plus haut, il exécutait à merveille les commodes de style transition Louis XV/Louis XVI.
A mon avis, c'est ce type de meubles qu'il faut tenter d'acquérir, car caractéristiques de l'ébéniste. Encore faut-il y prêter attention....
Voici donc la commode que j'ai eu l'occasion de voir, et pour laquelle quelques clichés m'ont été transmis.
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On remarque tout de suite les proportions du meuble, qui sont agréables : les pieds sont légèment cambrés, et épais. Ils ne sont pas trop haut. Ils ne surrélevent donc pas exagérément le meuble. Leur volume équilibre celui du corps. Au marbre, cette commode mesure 95 cm de long. Elle ouvre à deux tiroirs sans traverse et est coiffée d'un marbre brèche d'Alep ( NB : les veines de marbre brèche d'Alep sont aujourd'hui épuisées, ce qui le rend recherché et donne une plus value aux meubles qui en sont décorés ). La façade est à double ressaut central.
Cette commode est en placage de bois précieux ( bois de rose et de violette ) à décor de cubes dans des encadrements de bois sombres ( palissandre ou/et amarante ) et de bois de rose. Les montants avant et arrière, quant à eux, sont à cannelures simulées.L'ornementation de bronzes est très réussie. Ceux ornant les entrées de serrures, ainsi que les chutes sont imposants. Les anneaux sont à décor de feuilles de laurier très bien ciselés. Le cul de lampe est décoré d'un vase et de feuillage. Le tout est homogène, de belle facture, et du plus bel effet.
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Le bâti a été assemblé avec le plus grand soin. Des secrets ont même été aménagés à l'intérieur des tiroirs, sur les côtés de ceux-ci. Je n'avais pour ma part jamais remarqué ce type d'aménagement sur les commodes de ce maître jusqu'à présent.
L'état, les proportions harmonieuses, la qualité des bronzes , la présence de secrets, le marbre brèche d'Alep,la remarquable exécution de ce meuble et son décor de cubes rare chez SCHLICHTIG lui ont fait atteindre un joli prix, puisqu'il a été adjugé 7500 euros hors frais ( 20 % ) sur une estimation de 2/3000 euros.
Heureusement, les modèles de cette période à décors moins complexes ( ailes de papillon, rosace, placages de bois de fil ... ), de même gabarit peuvent se trouver dans une fourchette allant de 3 à 5000 euros selon l'état et la créativité du décor. Dans tous les cas,
vous aurez l'assurance d'acheter un meuble de très belle facture.
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J'envisage de créer un album photo regroupant les oeuvres de cet ébéniste.Si vous possédez des clichés de meubles de SCHLICHTIG, vous pouvez me les transmettre pour l'alimenter.
Comme d'habitude, n'hésitez pas à me faire part de vos remarques et commentaires !

01/03/2010

Les estampilles : définition et description

L'estampille

Tous les amateurs de meubles anciens se sont un jour trouvé devant un meuble estampillé. Cependant, il est très difficile de déceler une estampille authentique d'une marque postérieure.

Voici quelques notions que j'ai acquises au fil du temps, et qui pourront peut être vous être utiles un jour.

L'estampille : qu'est-ce que c'est ?

L'estampille est une marque apposée sur le meuble par le menuisier ou l'ébéniste l'ayant réalisé .

Cependant, il n'est pas dit que se soit le maître en personne qui ait réalisé l'ouvrage. L'estampille prouve juste que la pièce est sortie de ses ateliers, et a été réalisée sous sa direction, ou avec son approbation. Il est loin d'être certain que le maître aie contribué en personne à la fabrication du meuble ( les atelier de Georges JACOB ont employé jusqu'à 700 ouvriers en même temps; l'estampille n'était apposée qu'à la sortie des meubles de l'atelier. Le maître a, la plupart du temps, réalisé les calibres, qui, par la suite, ont été utilisés comme modèles par les ouvriers qui ont eu la charge la construction du siège).

 

Pourquoi estampillait on les meubles ?

Les premières estampilles ont fait leur apparition vers 1720. Elles sont alors apposées ( rarement ) sur des meubles réalisés par des maîtres suivant des obligations déjà en vigueur depuis des décennies, mais non respectées.

L'estampille a été rendue obligatoire à la promulgation des corporations en 1743. Cependant, son usage n'a été légalisé qu'en 1751 par un édit royal. On pouvait lire dans celui ci " Et ne pourront les dits maîtres délivrer aucun ouvrage qu'ils ne les aient préalablement marqués de leur marque à peine de confiscation et de 20 livres d'amende par pièce non marquées ". L'apposition de cette marque permettait aux contrôleurs de distinguer les ouvrages, et de taxer tel ou tel menuisier en fonction de la qualité et de la quantité des pièces fournies. Autant dire que les fraudeurs étaient nombreux, et les meubles non estampillés circulaient fort bien . Ce qui explique que l'on puisse trouver aujourd'hui des meubles de très belle qualité, mais non estampillés.

Les lettres de maîtrise pouvaient être acquises de deux façons. La première consistait, à l'issue d'une période  d'apprentissage et de compagnonnage, à présenter, après paiement d'une taxe ( fluctuante suivant notament les origines sociales du candidat ), un chef d'oeuvre jugé par un comité composé de maîtres de la corporation. La seconde, plus rare, consistait  à accorder la maîtrise par décret royal à des ouvriers libres ( généralement d'origine étrangère ), sans avoir subi le cursus précité,  en raison de la qualité de leur ouvrages.

L'artisan était dès lors tenu ( en principe, mais les fraudeurs étaient nombreux ) d'estampiller les meubles qu'il produisait. Les maîtres ayant les privilèges royaux, c'est à dire oeuvrant pour la Couronne, étaient dispenser de payer la taxe, et donc d'estampiller systématiquement leurs ouvrages.En cas de vente directe de l'artisan à l'acheteur, l'estampille n'était pas non plus apposée.Il faut également savoir ( mais je reviendrait sur ce sujet ultérieurement ), que certains menuisiers ou ébénistes étaient également marchands de meubles. D'autres sous traitaient des commandes avec leurs confrères. Ainsi, il est possible de trouver plusieurs estampilles de maîtres sur un même meuble, ou l'estampille d'un marchand-mercier sur une pièce pouvant être attribuée avec certitude à un de ses confrères. Il a même été découverts des meubles strictement identiques, mais portant des estampilles différentes..... Les dérogations à la règle de l'estampille étaient donc nombreuses !

L'obligation d'estampiller les meubles a pris fin à la révolution française, avec l'abolition des privilèges. Cependant, de nombreux artisans ont continué d'apposer leur marque sur leurs créations, tand au 19 ème siècle ( les ateliers JACOB, par exemple, ont continué d'estampiller jusqu'à la fermeture des ateliers ) qu'au 20 ème siècle ( GALLE, MAJORELLE, RUHLMANN,PROUVE ... ).

Quelles sont les différentes estampilles que l'on peut trouver sur un meuble du XVIII ème ?

Une estampille, comme mentionné précédemment, est une signature. C'est une marque (un nom, symbole ou des initiales ) apposée en creux dans le bois. Certains ébénistes ( j'emploierai ce terme générique pour regrouper menuisiers et ébénistes ) n'ont cependant jamais ou peu estampillés leurs oeuvres. Cependant, ils ont pu apposer soit leur nom au pochoir, soit coller une étiquette sur le meuble ( c'est le cas pour la plupart des ébénistes de la dynastie des HACHE à GRENOBLE ). 

L'estampille était frappée à l'aide d'un fer monobloc dont l'empreinte était déposée au Châtelet ( elle était alors frappée dans une plaque de plomb, pour en garder une trace et pour pouvoir procéder à des comparaisons en cas de litiges, nombreux à l'époque car les règles corporatives étaient très strictes ).

Les estampilles peuvent être frappées sur une ou plusieurs lignes, en forme circulaire, avec des caractères plus ou moins gros et espacés .... Une grande majorité d'entre elles est reproduite dans des ouvrages spécialisés.

Estampile CANOT.jpg

 

Estampille P BERNARD.jpg

D'autres symboles peuvent être apposés à côté des estampilles, sans en être pour autant. Vous pourrez trouver ainsi :
- des marques de château
 
Estampille JACOB DESMALTE et marque de chateau.jpg
 
 - des marques au pochoir ( d'inventaire, de succession .... )
Paire fauteuil marque château Fontainebeau att JACOB 5.jpg
DE MAIGRET vente du 270309 LOT 368 paire de chaises avec renforts marques du palais des tuileries.jpg
- La marque de Jurande des Menuisiers Ebénistes ( marque pouvant comporter des variantes, mais ayant toujours les lettres accolées de la même façon )
Meuble DESTER_4.JPG
Estmpille BURY F.jpg
Estampille POPSEL et JME.JPG
Estampille ROUSSEL avec JME.jpg

Comment distinguer une fausse estampille d'un original ?

La question est très vaste, et les paramètres à prendre en compte nombreux.

Voici quelques points à vérifier qui feront pencher votre opinion vers telle ou telle conclusion.

La grande majorité des estampilles est répertoriée dans des ouvrages spécialisés en fac similé à l'échelle 1. Ainsi, la police de caractère, les particularités, la forme et la taille des lettres et des symboles sont respectées. Je vous conseille donc de vous procurer l'un de ces ouvrages, afin d'avoir déjà une base de travail. Ainsi, si vous trouvez une estampille différente de celle répertoriée pour le maître, ll ne peut s'agir que d'un faux.

Comme je vous l'avais indiqué plus haut, l'estampille était gravée dans un seul bloc de fer ( lequel, d'ailleurs, était quasiment inusable ). Il est donc impossible de trouver un nom frappé de plusieurs lettres décalées, ou avec une empreinte d'intensité différente d'un caractère à l'autre. Il s'agit là de lettres frappées une à une, donc d'un faux. Une astuce découlant d'un principe simple, peut vous permettre à coup sûr de déceler un faux : les fers à estampiller étaient fabriqués manuellement. Les caractères avaient très souvent des petits défauts. Repérez ces défauts, et comparez les avec l'estampille que vous avez sous les yeux.... et vous saurez. La règle : 1 fer unique par atelier. Rares sont les artisans utilisant 2 fers ( ils existent dependant : Roger Vandercruse dit Lacroix, l'un des plus grands ébénistes de la période transition, estampillait R. LACROIX ou RVLC ).Tous les meubles sortant de l'atelier du même maître avaient donc les mêmes défauts. De même, si un nom comporte deux fois la même lettre, elles ne doivent pas être parfaitement identiques.

Copie de DSC02875.JPG

Attention cependant : la marque " JME " apposée parfois peut avoir plusieurs variantes ; il s'agit d'un poinçon de contrôle, utilisé par les contrôleurs de la jurande des menuisiers ebénistes attestant que la taxe a bien été perçue. Plusieurs fers ont donc été fabriqués, mais ils ont tous en commun le fait que les lettres JME sont accollées l'une à l'autre ( cf exemples ci-dessus ).

L'estampille laisse dans le bois une empreinte. Au fil du temps, les fibres du bois ont travaillé, " gonflé " ( cf estampille de GARNIER ci-dessous ).

Estampille GARNIER 2.jpg

Si, après une étude minutieuse, vous vous apercevez que les fibres sont cassées, ou que le fond des caractères est plat ( cf estampille d'Avril, accompagnée du poinçon de Jurance, lequel est apocryphe également ), l'estampille est récente. Elle a été frappée soit à l'aide d'un fer fabriqué par le faussaire, soit après avoir réalisé un surmoulage d'une estampille originale.

191 estampille.jpg

Pour en arriver à cette déduction, il vous est nécessaire d'avoir observé de nombreuses estampilles pour aguérir votre oeil.

Méfiez vous également des estampilles de grands ébénistes apposés sur des meubles " bas de gamme ". Un bon ébéniste fera toujours un travail soigné, même sur sa production courante.

La place de l'estampille est importante également. En effet, certains maîtres avaient pour habitude de signer dans des endroits précis ( NOGARET estampillait sur les traverses extérieures de ses sièges ) . Trouver une estampille dans un endroit inhabituel pour cet artisan doit donc vous inciter à la plus grande prudence. A contrario, il est possible de trouver des estampilles dans des endroits improbables, notamment sur le côté ou dans les fonds de tiroirs. En règle générale, cette solution a été adoptée par l'ébéniste lorsqu'il ne pouvait faire autrement ( commodes sans traverses, petits meubles d'appoint ... ). Une estampille illogique n'a pas de raison d'être.

Une multitude d'estampilles relevées sur un même meuble doit vous inciter à un examen approfondi. En effet, il n'y a aucune raison, par exemple, de trouver deux estampilles parfaitement lisibles l'une à côté de l'autre ( cf estampile de MEUNIER relevée sur un fauteuil médaillon Louis XVI tout à fait classique ). Il est au contraire tout à fait logique de trouver une estampille à moitié effacée car mal frappée à côté d'une estampille plus franche, voir même deux frappes superposées. Si l'ébéniste a " raté son coup ", et qu'il juge sa marque mal appliquée, il a pu la refrapper de manière lisible. Là encore, il y a une certaine logique ( cf double estampille de REIZELL et de J B BOULARD ).

Estampile RETZEL.jpg

Estampille BOULARD doublée vendu 4700 FI le 14 12 09.jpg
Cabriolet E MEUNIER.JPG

Il est possible de trouver deux estampilles de maîtres sur un même meuble ( cf estampilles de Claude JAVOY et F C MENANT ci-dessous ). Plusieurs cas peuvent se présenter :

- soit les deux maîtres ont collaborer à l'élaboration de l'ouvrage, et ont donc apposé chacun leur estampille,

- soit l'un a poursuivi le travail de l'autre ( le cas le plus connu de succession entre maîtres est le monumental bureau du roi Louis XV, estampillé de RIESENER, alors qu'OEBEN a travaillé dessus trois ans durant, avant de mourir sans achever l'ouvrage, ce que fera RIESENER )

- soit l'un a restauré ou modifié le travail de l'autre ( RIESENER a modifié, à la demande du souverains, de nombreuses commodes de ses prédécesseurs pour les remettre au goût du jour )

- soit l'un, étant marchand-mercier ( c'est à dire marchand de meubles ), a apposé son estampille à côté de celle du fabriquant avant la mise en vente. A ce sujet, on suppose que Roger LACROIX ( ou RVLC ), l'un des rares maîtres à utiliser deux estampilles, utilisait l'estampille R LACROIX sur les meubles qu'il vendait lui même et RVLC sur les meubles destinés aux marchands-merciers.

Estampile FC MENANT et Claude JAVOY.jpg

Une estampille couverte de laque n'est pas spécialement de bon augure. En effet, ni les laqueurs, ni même les doreurs, ne laquaient sous les ceintures .... et il est fort peu probable que lors d'une restauration récente , elles aient été recouvertes par négligence  ( cf estampille de MEUNIER ci-dessus ) .

Une estampille peu lisible ( cf estampille de J B DEMAY ci-dessous, relevée sur un siège de grande qualité ), ou déformée par des cloutages anciens ( ceintures des sièges ) est plutôt bon signe ( cf estampilles de VINATIER et de DELAPORTE.Cette dernière a été découverte sous un jaconas posé au XIX ème; elle ne peut être qu'authentique ).

Estampille VINATIER.jpg

DELAPORTE_17.JPG
photo 003.jpg

Dans le language spécialisé du mobilier ancien, lorsqu'une estampille n'est pas totalement lisible, on parle de " trace d'estampille de - X -" ( cf ci-dessous, trace d'estampille " DECA " , relevée sur un fauteuil Louis XV de facture très classique, pouvant correspondre à plusieurs ébénistes; dans ce cas, on annonce seulement " trace d'estampille " sans plus de précision ).

DECA... TRACE.jpg
DECA trace 2.jpg
 

Si, en fonction de ces traces, on arrive à deviner le nom de maître, le meuble peut être annoncé " estampillé de -X- " ( ce estampille de JBB DEMAY plus haut ).

Je pourrai continuer cette liste, tand les possibilités sont nombreuses !

Quoiqu'il en soit, sachez que, dès la fin du 19 ème siècle, les estampilles ont été falsifiées. Ainsi, de fausses estampilles bien faites ont, avec le travail du temps, le même aspect que les originales. Il est alors impossible de les différencier.

Un commissaire priseur m'a récemment confié, à propos d'une commode de qualité et d'époque transition portant une estampille apocryphe de L. BOUDIN : " l'estampille n'est pas bonne, mais la commode sera de BOUDIN un jour " ...

Quelle importance accorder à l'estampille ?

Il y a encore quelques décennies, on n'accordait aucune importance à l'estampille. Ce qui explique que de nombeux sièges aient été regarnis sans en tenir compte. Un meuble était " bon " par ce qu'il était bien fait, qu'il avait de bonnes proportions ou des qualité indéniables.

De nos jours, la tendance est inversée. Je trouve que l'on accorde une trop grande importance à l'estampille. Un meuble estampillé est systématiquent surévalué par rapport à un meuble anonyme de même facture.

Cette plus value est variable selon la renommée du menuisier ou de l'ébéniste.

Je vous conseille d'accorder une importance toute relative à l'estampille. Attachez vous tout d'abord à bien examiner le meuble, afin de savoir s'il s'agit d'un travail de qualité, s'il s'agit d'un " morceau de bravoure " ou s'il a un intérêt historique ou technique.

Un meuble estampillé de piètre qualité ne vaudra jamais un brave meuble anonyme bien conçu.

Cette règle prend tout son sens pour le mobilier régional, généralement anonyme, mais dont des spécimens de qualité remarquable ont vu le jour, à l'image de ce superbe meuble bureau à cylindre recouvert d'une très belle marquetterie fine ( travail su sud de la France, XVIII ème, peut être du comté de Nice ), qui n'a rien à envier aux créations de DUBOIS ou de DURAND.

160.JPG

 

 
160. Bureau cylindre 006.jpg
160. Bureau cylindre 009.jpg

Attachez vous également à ne pas accorder d'importance au fait que l'estampille soit bien frappée ou partielle. En effet, le meuble n'est pas du tout déprécié ( contrairement à ce que l'on pourrait imaginer ) s'il comporte une trace d'estampille identifiée. C'est d'ailleurs, à mon sens, un gage d'authenticité complémentaire. Une trace non identifiée entraînera une plus value, mais de moindre importance.

En conclusion, s'il est intéressant d'acquérir des meubles estampillés, il faut surtout s'attacher à acheter de beaux meubles. L'estampille permet de relever l'intérêt du meuble, mais je vous déconseille d'acquérir un meuble uniquement parcequ'il est estampillé. En tand qu'amateur, je privilégie toujours la qualité du meuble et son état de conservation à la renommée de son créateur.  

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Si vous souhaitez me faire part de vos réactions,  apporter des précisions à cet article ( qui ne fait que survoler le sujet, j'en ai bien conscience ), ou l'enrichir de vos commentaires,  n'hésitez pas à me contacter .

J'ajouterai bien volontiers les trucs et astuces dont vous pourrez me faire part.