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03/04/2010

Un bureau plat d'époque Louis XVI en acajou

Je vous présente un très joli meuble, entré il y peu dans mon intérieur.

Il s'agit d'un bureau plat double face d'époque Louis XVI en acajou de fil et placage d'acajou. Il ouvre par 4 tiroirs en façade ( 2 à gauche, un grand au centre, et un à droite, en simulant deux, et renfermant un caisson ).Il est à double face, c'est à dire que la face arrière du bureau simule des tiroirs à l'imitation de la face avant. Il possède une tirette rétractable de chaque côté.

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Il est gainé d'un très beau cuir fauve sur le plateau et les tirettes, que je pense être son cuir d'origine, comme l'attestent sa patine, les motifs orant ses filets et la façon dont sont assemblés les 3 bandes de cuir  (d 'ailleurs, je ne l'ai pas fait changer, j'ai préféré le faire restaurer, je trouve que celà donne plus de cachet au meuble ).

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Les bronzes ornant les entrées de serrure et la face arrière sont de style transition, dorés à la feuille d'or. Ils sont très bien ciselé, ce qui donne un charme particulier à la façade. Les pieds sont munis de sabots cylindriques typiques de l'époque.

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Les serrures sont à trèfle, et la clé est d'origine. Le caisson intérieur ferme par une serrure simple.

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Ce type de bureau, qu'il soit d'époque ou de style ( s'il s'agit d'un meuble de qualité ), est très recherché. Sa ligne lui permet de s'intégrer dans n'importe quel intérieur ( classique ou contemporain ). De plus, ses dimensions honorables ( 145 cm de long, 75 cm de large ) le rendent peu encombrant, tout en lui permettant d'avoir une appréciable surface de travail. Le volume de rangement est conséquent, car les tiroirs sont de la même profondeur que la caisse ( soit près de 70 cm ! ).

Ce bureau date de la fin du XVIII ème siècle, comme l'attestent son assemblage ( caisse montée à queues d'aronde, et fixée au pieds par tenons et mortaises ) et la patine de ses fonds. Les bronzes, serrures et le cuir, qui est coupé aux bonnes dimensions ( et qui est orné d'un motif très ancien de liseret ) confirment cette datation. Le plateau, quant à lui, est monté d'origine ( homogénéité de la patine, ondulations du placage ). Il ne s'agit pas d'un bureau cylindre transformé ( l'absence de traces de montage sur l'arrière de la caisse, et la double face à l'identique de la face avant le confirment ).  

Une très belle pièce donc, dénichée chez un bon antiquaire de ma région.

05/03/2010

Jean Georges SCHLICHTIG : un ébéniste prolifique

Une récente visite en salle des ventes m'a permis de regarder et d'étudier de prêt l'oeuvre d'un très bon ébéniste  :Jean Georges SCHLICHTIG. Il s'agissait d'une très belle commode transition sur laquelle je reviendrai plus tard. Je saisis cette occasion pour vous faire découvrir ce maître.

Plusieurs raisons motivent la rédaction de cette note. La première est que les meubles de SCHLICHTIG passent régulièrement en ventes aux enchères, et se trouvent encore chez les antiquaires. En effet, la production sortant de ses ateliers était abondante. C'est donc un nom que les amateurs seront amenés à croiser un jour. La seconde raison est que les meubles sont accessibles, encore plus  à l'heure actuelle. Enfin, il s'agit là de meubles de qualité, particulièrement les créations de style transition et Louis XVI.

Biographie :

On connaît malheureusement peu de choses au sujet de ce très bon ébéniste.Les ouvrages spécialisés font état que Jean Georges SCHLICHTIG fut reçu maître le 02 octobre 1765, tardivement, puisqu'il était âgé de prêt de 40 ans. Si l'on ignore sa date de naissance, on sait en revanche, d'après l'inventaire de l'atelier fait après décès, qu'il est mort en février 1782. Il est d'origine allemande, comme pratiquement deux tiers des ébénistes installés rue du faubourg saint Antoine à PARIS, parmi lesquels figurent de prestigieux maîtres tels WEISWEILER, BVRB, OEBEN, RIESENER.... . On retrouve trace par la suite de son activité rue saint Nicolas. A sa mort, sa veuve a poursuivi l'activité jusqu'en 1787. Sa production s'est donc arrêtée alors que le style Louis XVI était en plein essor.

Il estampillait ( avec prodigalité, selon Jean NICOLAY, qui a relevé jusqu'à 4 fois son estampille, ainsi que le poinçon de Jurande sur une même commode ) avec un fer marqué I G SCHLICHTIG. Les caractères sont espacés, hauts et larges ( l'estampille totale mesure 9 cm de long et 0.7 cm de haut ! ). 

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Production :

SCHLICHTIG, comme l'indique sa date d'accès à la maîtrise, a commencé son activité alors que le style Louis XV était bien implanté. Les modèles que l'on connait de lui datant de cette période sont essentiellement des commodes et des secrétaires, n'appelant aucune remarque particulière. En salle, j'ai vu passer à plusieurs reprises des commodes en placage de bois de rose et de bois de violette. J'ai le souvenir de beaux modèles, classiques. Jean NICOLAY et Pierre KJELLBERG signalent des modèles Régence, mais je n'ai pas eu l'occasion d'en voir.

L'essentiel de la production de SCHLICHTIG date de la période transitoire des styles Louis XV à Louis XVI. Il a marqué une prédilection pour les commodes, dont il a su manier les volumes et les proportions avec aisance. Côté décoration, les marquetteries sont généralement classiques : frisages et placages en ailes de papillon ou en rosace pour les productions habituelles, plus rarement rinceaux, bouquets, trophées, instruments pour les modèles les plus ouvragés. Quelques modèles sont hors du commun ( cf ci-dessous ) et reçoivent une marquetterie en conséquence. Les ornementations de bronze sont de qualité, souvent discrètes. Les créations de style Louis XVI sont, selon Jean NICOLAY, plus banales. Je me souviens avoir vu deux commodes en demi lune en bois précieux, de conception stricte, relativement sèche malgré un bel aspect des placages.

SCHLICHTIG est donc un très bon ébéniste mais ses créations, bien que de qualité, n'ont pas de " signature " ni de caractéristiques propres. Il est donc extrêmement difficile de lui attribuer tel ou tel ouvrage. On sait que l'on est " face à un SCHLICHTIG " uniquement lorsque l'on découvre l'estampille.

Parmi les modèles d'exception figure une commode portant les chiffres de Marie Antoinette dans la marquetterie, ce qui indique qu'il aurait travaillé pour la Couronne. Cette commode, conservée au musée du Louvres ( reproduite ci-dessous ), a des proportions irréprochables. Elle est à double ressaut central, et est décorée d'une marquetterie de bois indigènes, de bois teintés et d'ivoire. Elle représente des scènes galantes et des paysages.Ce type de marquetterie, extrêment complexe, et mêlant plusieurs matériaux, est très rare. Sa qualité d'exécution, et le fait que des créations de même goût aient été retrouvées sur des ouvrages de JANSEN, DELOOSE ou COSSON font avancer la théorie que SCHLICHTIG a fait appel à un marqueteur pour décorer son ouvrage, ce qui est plausible. En effet, certains ébénistes, très habiles dans ce domaine, ont été sollicités par leurs confrères pour décorer leurs propres ouvrages .

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SCHLICHTIG a fabriqué, plus rarement, de petites tables, des coiffeuses, des meubles d'usage. Ceux ci étaient généralement de fabrication soignée, mais classique, à l'image de la coiffeuse réalisée à la fin du style Louis XV figurant ci-dessous. De ligne un peu raide, elle a été vendue environ 1900 euros en 2009.
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Un très beau bureau plat de style Louis XV est également passé en vente publique en 2008.En placage de bois de rose, il comportait une riche ornementation de bronze. Cette très belle facture lui a permis de bénéficier d'une estimation de 80/100 000 euros.
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Le musée de CLEVELAND, quant à lui, conserve dans ses collections une extraordinaire petite table de salon de style transition. Remarquablement exécutée, elle comporte une marquetterie toute face à décor d'attributs de l'écriture. Elle ouvre par deux vantaux découvrant trois petits tiroirs.
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Mentionnons également un très beau secrétaire marquetté à décor d'instrument de musique, de bouquet de fleurs et de rinceaux vendu près de 11 000 euros ( hors frais ) à Genève en 2008.
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Hormis quelques modèles d'exception, à l'image de ceux que je viens de vous présenter, et qui l'ont fait remarqué et passer à la postérité, SCHLICHTIG a fabriqué des meubles de facture classique, mais toujours très bien construits.
Comme je l'ai écrit plus haut, il exécutait à merveille les commodes de style transition Louis XV/Louis XVI.
A mon avis, c'est ce type de meubles qu'il faut tenter d'acquérir, car caractéristiques de l'ébéniste. Encore faut-il y prêter attention....
Voici donc la commode que j'ai eu l'occasion de voir, et pour laquelle quelques clichés m'ont été transmis.
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On remarque tout de suite les proportions du meuble, qui sont agréables : les pieds sont légèment cambrés, et épais. Ils ne sont pas trop haut. Ils ne surrélevent donc pas exagérément le meuble. Leur volume équilibre celui du corps. Au marbre, cette commode mesure 95 cm de long. Elle ouvre à deux tiroirs sans traverse et est coiffée d'un marbre brèche d'Alep ( NB : les veines de marbre brèche d'Alep sont aujourd'hui épuisées, ce qui le rend recherché et donne une plus value aux meubles qui en sont décorés ). La façade est à double ressaut central.
Cette commode est en placage de bois précieux ( bois de rose et de violette ) à décor de cubes dans des encadrements de bois sombres ( palissandre ou/et amarante ) et de bois de rose. Les montants avant et arrière, quant à eux, sont à cannelures simulées.L'ornementation de bronzes est très réussie. Ceux ornant les entrées de serrures, ainsi que les chutes sont imposants. Les anneaux sont à décor de feuilles de laurier très bien ciselés. Le cul de lampe est décoré d'un vase et de feuillage. Le tout est homogène, de belle facture, et du plus bel effet.
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Le bâti a été assemblé avec le plus grand soin. Des secrets ont même été aménagés à l'intérieur des tiroirs, sur les côtés de ceux-ci. Je n'avais pour ma part jamais remarqué ce type d'aménagement sur les commodes de ce maître jusqu'à présent.
L'état, les proportions harmonieuses, la qualité des bronzes , la présence de secrets, le marbre brèche d'Alep,la remarquable exécution de ce meuble et son décor de cubes rare chez SCHLICHTIG lui ont fait atteindre un joli prix, puisqu'il a été adjugé 7500 euros hors frais ( 20 % ) sur une estimation de 2/3000 euros.
Heureusement, les modèles de cette période à décors moins complexes ( ailes de papillon, rosace, placages de bois de fil ... ), de même gabarit peuvent se trouver dans une fourchette allant de 3 à 5000 euros selon l'état et la créativité du décor. Dans tous les cas,
vous aurez l'assurance d'acheter un meuble de très belle facture.
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J'envisage de créer un album photo regroupant les oeuvres de cet ébéniste.Si vous possédez des clichés de meubles de SCHLICHTIG, vous pouvez me les transmettre pour l'alimenter.
Comme d'habitude, n'hésitez pas à me faire part de vos remarques et commentaires !