Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

03/04/2012

Identification d'un meuble estampillé LEXCELLENT PARIS

Bonjour,

voici ci joint une demande de renseignements transmise par un internaute, et la réponse que j'y ai apporté.

N'hésitez pas à me contacter pour fournir de plus amples informations sur ce meuble et cet ébéniste, mes recherches ayant été fructueuses certes, mais un peu sommaires au regard de la maison.

Bonne journée à tous !

-------------------------------------------------------------------

Nous possédons un meuble du 18ème en palissandre massif, dont photo jointe.
Il existe sous le marbre et à l'arrière, à gauche et à droite, une estampille, dont photo jointe, indiquant en capitales:
L'EXCELLENT
PARIS

tn (1).jpg

tn.jpg

-------------------------------------------------------------------

 

Voici ce que j’ai trouvé sur la maison LEXCELLENT.
Trois ébénistes successifs se sont relayés dans ce qui semble être une entreprise familiale.

 

Le premier, LEXCELLENT jeune, pris la succession de son père Nicolas, mort vers 1788. Il avait son atelier 21 rue de Charrenton et fis faillite le 17 Novembre 1806.

 

Le second, LEXCELLENT Ainé ( Fr.-P ), exerçait 20 rue de Charrenton, puis au 16 à PARIS. Il semble avoir exercé jusqu’en 1868.Il avait un magasin de confection et de fabrique de sièges exclusivement.

 

Enfin, LEXCELLENT E.Guillaume-Edmond, le dernier de la lignée, né à PARIS le 2 décembre 1834. Il avait une fabrique et un magasin de meubles situés 46 rue de Charrenton puis 8 rue Bréguet, où il exerça jusqu’en 1928. Il participa aux expositions universelles de 1855, 1867 et 1889, et fut à chaque fois distingué ou primé. Il présentait '” des meubles de luxe et de divers styles “.
 
L’estampille apposée sur le meuble : LEXCELLENT PARIS en caractères larges est celle de LEXCELLENT E.Guillaume-Edmond, ce qui le daterai de la fin du 19 ème ou du début du 20 ème siècle. Il s’agit donc d’un meuble de style Louis XV de qualité, et non d’époque.
 

01/11/2010

Une table " à la tronchin " estampillée de Conrad MAUTER

Table à la tronchin de MAUTER.jpg

 

TABLE dite A LA TRONCHIN en acajou et placage
d'acajou. Elle ouvre à un tiroir et deux tirettes
latérales. Le plateau à système formant écritoire. Elle
repose sur des pieds gaines moulurés
Estampillée MAUTER
Epoque Louis XVI
H : 77,5 cm, L : 96 cm, P : 61 cm

Vendue 9294 euros ( frais inclus )

Vente VERSAILLES ENCHERES PERRIN-LOYERE-LAJEUNESSE du 24-10-2010 lot n° 111

----------------------------------------------------------------

Historique :

La table dite " à la Tronchin " est une table tout à fait singulière, apparue sous le règne de Louis XVI. En effet, si la structure est celle d'une table à écrire traditionnelle ( un piétement quadripode surmonté d'un tiroir éventuellement flanqué de tirettes, à l'image de certains bureaux ), il n'en est pas de même du système de plateaux amovibles. L'innovation vient du fait qu'un mécanisme ( une sorte de crémaillère rentrant dans les pieds ) permet d'éléver le plateau. Ce dernier peut ensuite être incliné à l'angle voulu. Généralement gainé de cuir, il était destiné à l'écriture. Le plateau mobile principal pouvait être plein, ou muni d'un pupitre gainé de cuir, à l'image du modèle présenté.La mise en oeuvre du sytème permettait de travailler dans des conditions de confort optimales.

Ce type de table est apparu en1777 et a été inventé, selon Guillaume JANNEAU, par Louis DUFOUR. Elle tient son nom d'un célèbre médecin genevois, trouvant fort commode de pouvoir utiliser un même meuble afin de travailler aussi bien assis que debout.

Généralement raffiné, comme en témoigne le modèle de MAUTER,  ce type de table est donc très recherché, tand pour son aspect utile que décoratif. Il est généralement réalisé en acajou et placage d'acajou, exceptionnellement en bois de placage et/ou en marqueterie. Les modèles les plus sophistiqués sont munis d'une manivelle permettant d'activer la crémaillère, et d'éléver le plateau supérieur. Sur les modèles les plus simples, il suffisait de tirer le plateau vers le haut pour l'élever.

La table de MAUTER a des dimensions tout à fait conformes aux réalisations de la fin du XVIII ème siècle, permettant de l'intégrer aisément dans un appartement. De plus, les pieds en gaine moulurés sont du plus bel effet, et contrastent avec la sobiété relative mais parfaitement exécutée de l'ensemble. Ces qualités conjuguées ont permis d'obtenir un prix au desus de l'estimation.

Bon nombre de ces tables nous sont parvenues. Cependant, ces meubles ont une véritable " cote d'amour " ce qui, sur le marché de l'art, se traduit nécessaireemnt par des tarifs soutenus.Ainsi, il existe un véritable engouement pour ce type de table fonctionnel.

Les modèles de la fin du XVIII ème siècle les plus sobres se négocient rarement à moins de 3000 euros. Un modèle de qualité de cette même époque s'échangera en moyenne contre 5/6000 euros alors qu'une dépense de 10/12 000 euros devra être envisagée pour décrocher un modèle à manivelle. Les modèles hauts de gamme, quant à eux, peuvent atteindre des sommes beaucoup plus conséquentes.

Biographie :

D'origine allemande, Conrad MAUTER ( 1742/14 mai 1810 ) est reçu maître le 10 septembre 1777. Ebénistes de talent, ses qualités sont très vite reconnues, et il voit affluer dès 1782 des commandes de clients prestigieux tel le comte d'Artois ( frère du roi Louis XVI et futur Charles X ). Il participe ainsi à l'ameublement des châteaux de Bagatelle, Saint Germain en Laye, Maisons, Saint Cloud et du palais du Temple. Ses activités, propsères, se poursuivent après la Révolution. Après son décès, son affaire est rachetée par Nicolas Louis SANDRIN.

L'une des caractéristiques de MAUTER est la grande sobriété d'exécution de ses modèles. Presque tous en acajou, ils demeurent sobres et de lignes pures. Les moulures, rigoureuses, sont fréquemment renforcées de baguettes d'encadrement en cuivre, colonnes ou pilastres. La production de ce maître se concentre principalement sur des commodes, secrétaires et autres bureaux plats ou à cyindre permettant d'utiliser au mieux les essences d'acajou. De nombreuses petites tables de salon à écrire ou à jeux, très en vogue alors, sortent également de ses établis, à l'image de notre modèle.

Source : Pierre KJELLBERG, Le Mobilier Français du XVIII ème siècle, éditions de l'Amateur, page 557.

Bonheur du jour de Conrad MAUTER.jpg

Bonheur du jour estampillé MAUTER

PHOTO 033.jpg

Petit guéridon à crémaillère estampillé MAUTER

( Vacation ARTCURIAL du 04/11/10 lot 143 -  vendu environ 4100 euros frais inclus  )

Une commode à angles vifs estampillée de BIRCKLE

Commode BIRKLE.jpg

Très belle commode à angles vifs marquetée en fil de bois de rose.
Elle ouvre à trois rangs de tiroirs dont deux sans traverse, décorée d'une division centrale simulée en léger relief.
Les pourtours sont en placage d'amarante, filets d'encadrement de grecques, montants à angles vifs à canaux, anneaux de tirage mobiles en bronze à rosace, petite frise de lambels, cul de lampe à décor de feuillage et de palmettes. Dessus de marbre brun veiné de gris et de blanc fracturé et réparé.
Estampillée BIRCKLE.
Epoque Louis XVI.

H. 85,5 ; L. 131 ; P. 57

Vendue 8500 euros ( frais en sus 21.53 % )

Etude PESCHETEAU-BADIN vente du 18/10/2010 lot n° 191

-------------------------------------------------------------

BIOGRAPHIE :

Jacques BIRCKLE  ( 1734 - 7 mars 1803 ) est reçu maître le 30juillet 1764. Il fut tout d'abord ouvrier maître avant d'obtenir la maîtrise.

BIRCKLE.jpg

Ebéniste de talent, il reçoit notamment des commandes de la reine Marie Antoinette pour le château de Saint Cloud, du duc d'Orleans, de la princesse de Lamballe et de Mme Elisabeth.

BIRCKLE a laissé une production abondante, ou le luxe ostentatoire n'est pas une priorité, contrairement à l'effet décoratif qui lui est recherché . Consciencieux et de grand talent, ses meubles se distinguent par leur grande qualité d'exécution.

La plupart des meubles produits par BIRCKLE sont quasiment dépourvus d'ornementation en bronze. L'ébéniste affectionne particulièrement les marquetteries aux tons vifs, contrastés, dessinées avec simplicité. Faites de bois teintés clairs, elle se détachent le plus souvent sur un fond de placage sombre. Leur effet spectaculaire est encore renforcé par les thèmes choisis, habituellement encadrés de filets à grecques.

Un décor original le caractérise : il s'agit d'une marqueterie réalisée " en trompe l'oeil " représentant un bureau plat Louis XV sur un dallage noir et blanc. Le tiroir droit du bureau est ouvert et, sur le plateau, sont posés deux vases de fleurs, des livres et divers objets. Une draperie surmonte l'ensemble  tel un rideau de scène ouvert pendant le spectacle. Ce type de décor, un peu gauche dans l'exécution de la erspective, se retrouve sur des meubles ( commodes, secrétaires essentiellement ) des styles Transition et Louis XVI.

BIRCKLE a également produit des meubles plus sobres, en bois de placage, mais toujours d'une grande qualité d'exécution, à l'image de la commode présentée. 

Bibliographie : Pierre KJELLBERG, " le mobilier français du XVIIIème siècle ", éditions de l'amateur, pages 69 et 70.

25/04/2010

Jean Baptiste Bernard DEMAY, un menuisier trop peu cité

De nombreuses questions m'ont été posées sur un siège figurant sur l'un des clichés présentant mon bureau plat ( cf note du 03 avril 2010 ).

Ce siège, fort discret sur cette photo, et pas du tout mis en valeur ( bien évidemment, puisque ma note traitait du bureau en question ), a fait chauffer quelques claviers !

Je vais donc ravir certains esprits avides et rassasier la curiosité de quelques amateurs ayant un oeil bien aiguisé ma foi ! 

Ce très beau fauteuil est en fait le fleuron de ma collection de sièges. Avant de revenir en détail sur cette très belle pièce, parlons un peu de son concepteur Jean Baptiste Bernard DEMAY, qui, à mon goût, est trop peu méconnu au regard de la qualité des ouvrages qu'il nous a laissé.

Je n'aborderai ici que les productions de l'époque Louis XVI, laissant les oeuvres du XIX ème de côté, non pas parce qu'elles sont inintéressantes, bien au contraire, mais parce qu'elles concernent une période pour laquelle je possède des connaissances insuffisantes pour pouvoir rédiger objectivement un article ( cependant, si le coeur vous en dit, vous pouvez m'y aider ... )

BIOGRAPHIE :

Jean Baptiste Bernard DEMAY est un menuisier en sièges né en 1759 et mort le 4 février 1848. Il accède à la maîtrise le 14 mars 1784 .

Ces dates sont importantes, car elles montrent que cet artisan a eu une longévité exceptionnelle pour l'époque ( 89 ans ). Sachant adapter son savoir-faire aux goûts à la mode, il a commencé son activité en plein essor du style Louis XVI, l'a poursuivi sous le Directoire, l'Empire, la Restauration, le règne de charles X,pour l'achever sous Louis Philippe. De ces deux dernières périodes, je n'ai pas trouvé trace de sa marque apposée sur un quelconque ouvrage. De deux choses l'une : soit il avait cessé son activité ( ce dont je doute ), soit il n'estampillait plus ses oeuvres, cette obligation étant depuis longtemps tomber en désuétude. 

Denise LEDOUX-LEBARD signale que ses affaires ont périclité à partir de 1809, date à laquelle il fit faillite.Malgré  l'obtention d'un concordat au mois de décembre de la même année, ses affaires allèrent de mal en pis à compter de 1814, malgré des commandes du Garde meuble impérial, notamment en 1811. L'année suivante, il ne put honorer une commande de couchettes destinées aux ouvriers parisiens . Il n'est pas précisé à quelle date il cessa d'exercer. On sait que la crise du second Empire lui sera fatale, mais qu'à t il produit jusque là ?

Jean Baptiste Bernard DEMAY accède à la maîtrise à l'âge de 25 ans, ce qui est un peu au dessous de l'âge moyen, qui se situe vers 30 ans. On peut donc en déduire que ses lettres ont été acquises après une période d'apprentissage écourtée, certainement en raison de son grand talent et de son habileté. La finesse de ses créations de style Louis XVI, les motifs ornementaux utilisés ainsi que leur tracé particulier, l'équilibre des volumes et les liaisons entre les éléments des sièges, particulièrement soignées, laissent supposer qu'il a été compagnon dans un très bon atelier parisien.En effet, les règles corporatives de l'époque imposaient une période de compagnonnage et d'apprentissage qui ne pouvait se faire qu'auprès d'autres maîtres. En fait, il a convolé en juste noce avec l'une des filles de Claude SENE, Claudine Jeanne. Celà lui permis d'une part d'accéder à la maîtrise plus facilement et d'autre part de lui ouvrir les portes des ateliers d'une des plus prestigieuses familles de maîtres en siège de l'époque, d'où la qualité de ses ouvrages. 

DEMAY eut plusieurs adresses. Il débuta son activité au faubourg Saint Antoine, fief de nombreux maîtres prestigieux, au numéro 266 Grande Rue. Vers 1806, il emménagea au 43 rue de cléry, dans l'atelier de son beau père, Claude SENE, qu'il conserva après la mort de ce dernier , survenue en 1807. Vers la fin de sa vie, il se retira au 189 rue du faubourg Saint martin, où il mourrut.

De son union avec Claudine Jeanne SENE nacquirent plusieurs enfants, dont deux garcons. François Jean, qui embrassa le métier de son père, et Antoine Gaspard, qui fut un temps ouvrier-ébéniste avant de devenir marchand-frippier.

PRODUCTION :

La production de DEMAY se signale toujours par un soin particulier apporté aux détails et à la finesse des sculptures, quelque soit l'époque concernée.

Il travailla régulièrement pour la Couronne.Il reçut des commandes de Marie Antoinette pour meubler le Petit Trianon ( ce qui le fit passer à la postérité ), puis du garde Meuble Impérial.

Jusqu'à la révolution, il utilise l'estampille JBB DEMAY ( ci-dessous celle relevée sur le siège dont je vous parlerai plus bas ).

photo 003.jpg

Après celle-ci, et jusqu'à la fin de son activité, il emploie l'estampille sur deux lignes DEMAY RUE DE CLERY.

Estampile DEMAY RUE CLERY 1.jpg
LE STYLE LOUIS XVI

DEMAY est considéré par certains auteurs comme l'un des meilleurs chaisiers de la fin du XVIII ème. Sa production de style Louis XVI est essentiellement composée de sièges laqués et dorés, comme c'était la mode. Il eut une prédilection pour les petites chaises ( ponteuses, voyelles, prie Dieu ) et les sièges de salle à manger. La plupart de ses créations ont des dossiers ajourés à motifs de lyre, de gerbe ou encore de montgolfière. Sans être un pionnier du style, DEMAY invente des dérivations ornementales qui lui sont propres. Dès ses débuts, il bénéficie des commandes de la Couronne, sous la protetion de Marie Antoinette, qui lui commande un ensemble de siège pour le Petit Trianon. 

Le musée des arts décoratifs de PARIS conserve un très bel exemplaire de fauteuil à la reine appartenant vraisemblablement à ce meuble. Il comporte des pieds sculptés de spirales, de même que les consoles d'accotoir en forme de balustre. La ceinture est sculptée de frise d'entrelacs, et le dossier de rubans tors. Les spirales, chez DEMAY, sont serrées, et quasiment horizontales sur les pieds, ce qui est l'une de ses spécificités, de même que les consoles d 'accotoir reposant sur des butées cannelées, et le motif floral ornant les dés de raccordement. Vous remarquerez les feuilles d'acanthe finement sculptées ornant la base des console d'accotoir et le pommeau de l'accotoir, trait commun à de nombreux siège de DEMAY. Ce décor permet de dater ce siège vers 1785/1790.

DEMAY 3.jpg

Le musée Carnavalet conserve, quant à lui, une chaise à dossier montgolfière en hêtre peint, et à assise ronde. Le dossier est particulièrement fin. Les pieds sont sculptés de fines cannelures rudentées. La margueritte figurant sur le dé de raccordement est l'un des motifs caractéristiques de DEMAY. 

Chaise montgolfiere.jpg
Les occasions sont fort rare de croiser en vente publique ou chez les professionels des sièges de cette époque. Je citerai uniquement à titre d'exemple qu'une bergère à dossier plat en chapeau de gendarme attribuée à DEMAY ( en raison de similitudes avec les sculptures relevées sur un salon en bois doré signé de cet artisan et conservé au Metropolitan Museum de NEW YORK ) a été vendue dans l'état 2200 euros hors frais en 2008 ( étude DAGUERRE, lot n° 181, vente du 21 mars 2008 ).
Begere Louis XVI attribuee lot 181 DAGUERRE.jpg

Le fauteuil que je possède est exceptionnel à plus d'un titre. Je pense d'ailleurs qu'il fait partie d'un meuble de commande. Sa qualité d'exécution n'exclue pas une provenance royale, mais, au stade de mes recherches, ce n'est qu'une hypothèse. Je vous laisse en juger.

MOBILIER_12.JPG
En hêtre laqué ( la laque est d'origine ), il est très finement sculpté. Tout d'abord les pieds: il sont fuselés, finement cannelés et rudentés à l'avant et à l'arrière ( ce qui n'est pas fréquent ). Je dis que les cannelures sont fines, car on en dénombre 12, alors que sur un siège plus conventionnel, elles sont plus larges, et sont au nombre de 8, plus rarement de 6 ( travail provincial en général ).
Photo 073.jpg
La ceinture, quant à elle, est sculptée d'une frise d'entrelac fleurie, c'est à dire qu'au lieu d'être ornés uniquement au centre d'un disque, les motifs sont sculptés de fleurettes, ce qui est très rare ( ici, il y a alternance disques/fleurettes ).
Copie de Photo 073.jpg
Les dés de raccordement sont sculptés dans la masse d'une fine marguerite à l'avant et à l'arrière. Habituellement, seuls les dés de raccordement avant sont sculptés. L'arrière, non visible, est laissé lisse ou au mieux est taillé en pointe de diamant. Ce motif à 10 pointes est typique de DEMAY, mais il n'en a pas eu l'exclusivité ( JACOB, SENE et BOULARD l'ont également utilisé ).
Copie de MOBILIER_11.JPG
Ces dés sont sommés d'une butée en forme de colonne tronquée, cannelées et rudentée de fines pointes d'asperge, surmontée d'une rosace. Ce décor est exceptionnel, car très peu de sièges possèdent cette caractéristique, et il est fort probable que DEMAY ait innové en proposant ce motif , directement inspiré des temples antiques.
Copie (2) de MOBILIER_11.JPG
La liaison avec les consoles d'accotoir se fait grâce à une sorte d'agrafe. Ces consoles, en léger retrait, sont sculptées finement d'une feuille d'acanthe surmontée de bretages ( ou " grattoir " ).
Copie de Photo 069.jpg
Copie de MOBILIER_10.JPG
Le dossier, quant à lui, est en anse de panier. Il est sommé de plumets, et est entièrement scupté d'une frise d'enrelacs fleurie ( en rappel des sculptures de la ceinture ) et d'un rang de perles sur le chant. Vous remarquerez que la ligne est fluide, et que le dossier se joint parfaitement aux accotoirs.
MOBILIER_09.JPG
Copie de MOBILIER_09.JPG
L'état de conservation est impressionnant. En effet, aucune restauration importante n'a été faite. Il n'y a pas de renfort en ceinture, et le fauteuil n'a pas de jeu. Seule l'assise a été anciennement rechevillée, ce qui prouve que ce siège n'est passé qu'en de très bonnes mains depuis sa création, ce qui est bien rassurant.
photo 001.jpg
.
Les productions d'après Révolution
.
Comme je vous l'annonçais en début d'article, je vais plus que survoler cette période, qui, bien qu'étant la plus importante en terme de longévité dans la carrière de DEMAY, nécessite une connaisance que je ne possède pas.
Il faut tout de même savoir que DEMAY, jusqu'au premier Empire, a été sollicité par le garde meuble impérial. Sa production, toujours d'une qualité et d'une finesse exquises, s'est actualisée et a suivi la mode, ce qui lui a permis d'avoir une activité durable, malgré les aléas économiques et les difficultés financières qu'il a rencontré. La crise du second Empire lui sera cependant fatale.
Sa production est essentiellement centrée sur les sièges en acajou, et sur quelques rares meubles d'appoint.
Dans cet esprit, une paire de bergères en acajou en gondole, à décor de col de cygne, munis de pieds finement sculptés et ornée de bronzes a été vendue pour la somme de 5500 euros hors frais en 2009 ( étude KOHN, vente du 29-05-2009, lot n° 41 ), ce qui est une très belle enchère pour un mobilier de cette période ( en effet, le style Empire est désaffectionné des amateurs, ce qui est bien dommage, car la ligne est noble, et les créations de qualité se trouvent encore à des tarifs plus que raisonnables, voir même dérisoires ), justifiée par la très belle qualité de ces sièges, et leur état.
Paire de bergere gondole acajou empire lot 41 vente du 290509 KOHN.jpg
Dans le même esprit a été conçu ce fauteuil en gondole, muni de bronzes à décor de tête et de pieds de bêlier.
Fauteuil gondole acajou.jpg
J'ai également en mémoire ce très beau fauteuil pasé en vente le 27 mars dernier lors d'une vacation de l'étude LAPERRAUDIERE. Ce siège était finement sculpté de bustes de femmes et muni de pieds griffe. Il a été vendu 1850 euros hors frais.
178.jpg
178dét (2).jpg
178dét (3).jpg
Doué d'un grand talent, DEMAY a su se distinguer de nombre de ses confrères par la qualité et la finesse de ses ouvrages. Sachant utiliser et personnaliser les décors à la mode, il a marqué de son empreinte le dernier quart du XVIII ème siècle.
Ses oeuvres  de style Louis XVI, rares sur le marché, sont toujours recherchées et séduisent bien des amateurs même en ces temps difficiles.

05/03/2010

Jean Georges SCHLICHTIG : un ébéniste prolifique

Une récente visite en salle des ventes m'a permis de regarder et d'étudier de prêt l'oeuvre d'un très bon ébéniste  :Jean Georges SCHLICHTIG. Il s'agissait d'une très belle commode transition sur laquelle je reviendrai plus tard. Je saisis cette occasion pour vous faire découvrir ce maître.

Plusieurs raisons motivent la rédaction de cette note. La première est que les meubles de SCHLICHTIG passent régulièrement en ventes aux enchères, et se trouvent encore chez les antiquaires. En effet, la production sortant de ses ateliers était abondante. C'est donc un nom que les amateurs seront amenés à croiser un jour. La seconde raison est que les meubles sont accessibles, encore plus  à l'heure actuelle. Enfin, il s'agit là de meubles de qualité, particulièrement les créations de style transition et Louis XVI.

Biographie :

On connaît malheureusement peu de choses au sujet de ce très bon ébéniste.Les ouvrages spécialisés font état que Jean Georges SCHLICHTIG fut reçu maître le 02 octobre 1765, tardivement, puisqu'il était âgé de prêt de 40 ans. Si l'on ignore sa date de naissance, on sait en revanche, d'après l'inventaire de l'atelier fait après décès, qu'il est mort en février 1782. Il est d'origine allemande, comme pratiquement deux tiers des ébénistes installés rue du faubourg saint Antoine à PARIS, parmi lesquels figurent de prestigieux maîtres tels WEISWEILER, BVRB, OEBEN, RIESENER.... . On retrouve trace par la suite de son activité rue saint Nicolas. A sa mort, sa veuve a poursuivi l'activité jusqu'en 1787. Sa production s'est donc arrêtée alors que le style Louis XVI était en plein essor.

Il estampillait ( avec prodigalité, selon Jean NICOLAY, qui a relevé jusqu'à 4 fois son estampille, ainsi que le poinçon de Jurande sur une même commode ) avec un fer marqué I G SCHLICHTIG. Les caractères sont espacés, hauts et larges ( l'estampille totale mesure 9 cm de long et 0.7 cm de haut ! ). 

Copie de Estampille SCHLICHTIG.jpg
1coiffeuse-estampille-n.jpg

Production :

SCHLICHTIG, comme l'indique sa date d'accès à la maîtrise, a commencé son activité alors que le style Louis XV était bien implanté. Les modèles que l'on connait de lui datant de cette période sont essentiellement des commodes et des secrétaires, n'appelant aucune remarque particulière. En salle, j'ai vu passer à plusieurs reprises des commodes en placage de bois de rose et de bois de violette. J'ai le souvenir de beaux modèles, classiques. Jean NICOLAY et Pierre KJELLBERG signalent des modèles Régence, mais je n'ai pas eu l'occasion d'en voir.

L'essentiel de la production de SCHLICHTIG date de la période transitoire des styles Louis XV à Louis XVI. Il a marqué une prédilection pour les commodes, dont il a su manier les volumes et les proportions avec aisance. Côté décoration, les marquetteries sont généralement classiques : frisages et placages en ailes de papillon ou en rosace pour les productions habituelles, plus rarement rinceaux, bouquets, trophées, instruments pour les modèles les plus ouvragés. Quelques modèles sont hors du commun ( cf ci-dessous ) et reçoivent une marquetterie en conséquence. Les ornementations de bronze sont de qualité, souvent discrètes. Les créations de style Louis XVI sont, selon Jean NICOLAY, plus banales. Je me souviens avoir vu deux commodes en demi lune en bois précieux, de conception stricte, relativement sèche malgré un bel aspect des placages.

SCHLICHTIG est donc un très bon ébéniste mais ses créations, bien que de qualité, n'ont pas de " signature " ni de caractéristiques propres. Il est donc extrêmement difficile de lui attribuer tel ou tel ouvrage. On sait que l'on est " face à un SCHLICHTIG " uniquement lorsque l'on découvre l'estampille.

Parmi les modèles d'exception figure une commode portant les chiffres de Marie Antoinette dans la marquetterie, ce qui indique qu'il aurait travaillé pour la Couronne. Cette commode, conservée au musée du Louvres ( reproduite ci-dessous ), a des proportions irréprochables. Elle est à double ressaut central, et est décorée d'une marquetterie de bois indigènes, de bois teintés et d'ivoire. Elle représente des scènes galantes et des paysages.Ce type de marquetterie, extrêment complexe, et mêlant plusieurs matériaux, est très rare. Sa qualité d'exécution, et le fait que des créations de même goût aient été retrouvées sur des ouvrages de JANSEN, DELOOSE ou COSSON font avancer la théorie que SCHLICHTIG a fait appel à un marqueteur pour décorer son ouvrage, ce qui est plausible. En effet, certains ébénistes, très habiles dans ce domaine, ont été sollicités par leurs confrères pour décorer leurs propres ouvrages .

d844fcb60ad5a277-grand-commode-schlichtig-jean-georges.jpg

SCHLICHTIG a fabriqué, plus rarement, de petites tables, des coiffeuses, des meubles d'usage. Ceux ci étaient généralement de fabrication soignée, mais classique, à l'image de la coiffeuse réalisée à la fin du style Louis XV figurant ci-dessous. De ligne un peu raide, elle a été vendue environ 1900 euros en 2009.
1coiffeuse-lxv-n.jpg
1coiffeuse-angle-n.jpg
Un très beau bureau plat de style Louis XV est également passé en vente publique en 2008.En placage de bois de rose, il comportait une riche ornementation de bronze. Cette très belle facture lui a permis de bénéficier d'une estimation de 80/100 000 euros.
126.jpg
Le musée de CLEVELAND, quant à lui, conserve dans ses collections une extraordinaire petite table de salon de style transition. Remarquablement exécutée, elle comporte une marquetterie toute face à décor d'attributs de l'écriture. Elle ouvre par deux vantaux découvrant trois petits tiroirs.
1942_596.jpg
1942_596det01.jpg
1942_596det02.jpg
1942_596det05.jpg
Mentionnons également un très beau secrétaire marquetté à décor d'instrument de musique, de bouquet de fleurs et de rinceaux vendu près de 11 000 euros ( hors frais ) à Genève en 2008.
1220869190435248.jpg
Hormis quelques modèles d'exception, à l'image de ceux que je viens de vous présenter, et qui l'ont fait remarqué et passer à la postérité, SCHLICHTIG a fabriqué des meubles de facture classique, mais toujours très bien construits.
Comme je l'ai écrit plus haut, il exécutait à merveille les commodes de style transition Louis XV/Louis XVI.
A mon avis, c'est ce type de meubles qu'il faut tenter d'acquérir, car caractéristiques de l'ébéniste. Encore faut-il y prêter attention....
Voici donc la commode que j'ai eu l'occasion de voir, et pour laquelle quelques clichés m'ont été transmis.
185 commode SCHLICHTIG.jpg
On remarque tout de suite les proportions du meuble, qui sont agréables : les pieds sont légèment cambrés, et épais. Ils ne sont pas trop haut. Ils ne surrélevent donc pas exagérément le meuble. Leur volume équilibre celui du corps. Au marbre, cette commode mesure 95 cm de long. Elle ouvre à deux tiroirs sans traverse et est coiffée d'un marbre brèche d'Alep ( NB : les veines de marbre brèche d'Alep sont aujourd'hui épuisées, ce qui le rend recherché et donne une plus value aux meubles qui en sont décorés ). La façade est à double ressaut central.
Cette commode est en placage de bois précieux ( bois de rose et de violette ) à décor de cubes dans des encadrements de bois sombres ( palissandre ou/et amarante ) et de bois de rose. Les montants avant et arrière, quant à eux, sont à cannelures simulées.L'ornementation de bronzes est très réussie. Ceux ornant les entrées de serrures, ainsi que les chutes sont imposants. Les anneaux sont à décor de feuilles de laurier très bien ciselés. Le cul de lampe est décoré d'un vase et de feuillage. Le tout est homogène, de belle facture, et du plus bel effet.
renseignements 001.jpg
renseignements 002.jpg
Le bâti a été assemblé avec le plus grand soin. Des secrets ont même été aménagés à l'intérieur des tiroirs, sur les côtés de ceux-ci. Je n'avais pour ma part jamais remarqué ce type d'aménagement sur les commodes de ce maître jusqu'à présent.
L'état, les proportions harmonieuses, la qualité des bronzes , la présence de secrets, le marbre brèche d'Alep,la remarquable exécution de ce meuble et son décor de cubes rare chez SCHLICHTIG lui ont fait atteindre un joli prix, puisqu'il a été adjugé 7500 euros hors frais ( 20 % ) sur une estimation de 2/3000 euros.
Heureusement, les modèles de cette période à décors moins complexes ( ailes de papillon, rosace, placages de bois de fil ... ), de même gabarit peuvent se trouver dans une fourchette allant de 3 à 5000 euros selon l'état et la créativité du décor. Dans tous les cas,
vous aurez l'assurance d'acheter un meuble de très belle facture.
---------------------------
J'envisage de créer un album photo regroupant les oeuvres de cet ébéniste.Si vous possédez des clichés de meubles de SCHLICHTIG, vous pouvez me les transmettre pour l'alimenter.
Comme d'habitude, n'hésitez pas à me faire part de vos remarques et commentaires !