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28/06/2013

Chauffeuses, sièges d'enfant, prie Dieu... l'avènement des sièges bas

Bonjour à tous,

une acquisition récente me permet de me pencher sur un type de siège suscitant régulièrement l'engouement des amateurs, puisque je vais aborder le sujet des sièges bas dit "en chauffeuse ".

Le sujet est très vaste, je vais donc dans un premier temps en dégrossir les grandes lignes, l'occasion se présentera ultérieurement de développer plus en détail le sujet.

La découverte :

En correspondant avec un collectionneur désireux de se séparer d'une partie de ses sièges, j'ai fais une heureuse découverte. En effet, parti pour acheter sur photos trois chaises d'époque Directoire, je suis revenu avec ceci.

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En guise de chaises, je venais de me porter acquéreur d'une paire de chauffeuses, et d'une chaise d'enfant. Cette occasion va me permettre de vous présenter et de différencier ce type de sièges.

Définitions :

Tout d'abord, revenons sur la notion de " chauffeuse ".

On appelle " chauffeuse " un siège ( chaise, fauteuil ou bergère ) que l'on plaçait devant la cheminée afin de se chauffer, tout simplement. Ce type de siège fut également appelé à l'origine " coin de feu " ( terme plus volontiers réservé aux sièges Régence et début Louis XV, à assise large et basse ) .

Il s'agit donc là d'un siège de confort, destiné à un usage particulier. De ce fait, il s'agit d'un meuble beaucoup plus rare qu'un siège traditionnel car, s'il est courant de voir des séries de chaises ou de fauteuils, il est exceptionnel de trouver plus de deux sièges en chauffeuse. Ceci s'explique par le fait que ce siège, destiné à être positionné devant l'âtre, ne pouvait être placé ailleurs en raison de sa vocation première, et était donc présent dans les habitations en nombre restreint.

Il est maintenant intéressant de savoir ce qui distingue un siège en chauffeuse d'un autre siège. Ce qui frappe immédiatement sur ce type de mobilier est l'aspect bas de l'assise. En effet, pour que les pieds des usagers se situent à hauteur de foyer, tout en restant confortables, il a été nécessaire d'abaisser la hauteur de l'assise, et, par conséquent, de diminuer la hauteur des pieds. Ceux ci sont donc plus trapus. Sans entrer dans des propos trop empiriques, on peut considérer que l'on est en présence d'un siège en chauffeuse lorsque la hauteur de l'assise ne dépasse pas 30 cm ( dimension prise du bas des pieds en haut de l'assise, garniture et couverture comprise ).

Afin d'augmenter le confort, l'assise est plus large ( 5 à 10 cm au minimum par rapport à un siège du même modèle ), et le dossier plus haut ( excepté pour les sièges régence et début Louis XV ) et légèrement incliné. Cette différence se remarque à l'oeil nu, car le siège est disproportionné comparé à un siège traditionnel.

En résumé, si votre siège est bas d'assise

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qu'il a des petits pieds

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et un dossier haut et incliné

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 alors vous êtes en présence d'un siège en chauffeuse ( félicitatons ! ).

Pourquoi tand d'engouement me direz vous ? Et bien simplement parce que ces sièges, comme je l'ai exposé plus haut, sont bien plus rares dans les intérieurs du XVIII èmeque les autres sièges. De plus, il s'agit là de sièges de confort. La rareté étant associé à la commodité en font des pièces très recherchées.

Ainsi, les bergères basses et les fauteuils coins de feu atteignent des prix de haut niveau régulièrement.

 

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Un siège d'enfant est quant à lui bas d'assise puisqu'en rapport avec la taille de son usager. Pas de différence avec la chauffeuse jusque là. Cependant, un siège d'enfant conserve des proportions et des volumes à l'échelle, et l'on n'observe donc pas de disproportions au niveau du dossier, de l'assise ou des pieds.

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De ce fait, lorque l'on se trouve face ce type de siège, l'impression est qu'il s'agit d'un siège miniaturisé, les calibres utilisés étant tous proportionnés les uns par rapport aux autres.

Méfiance donc lorsque le proportions ne sont pas respectées, car vous êtes face à un siège transformé !

 

Enfin, un petit mot concernant les prie Dieu. Ils se distinguent aisément des deux catégories précédentes pour deux raisons : d'une part l'assise est basse et parfois inclinée vers l'avant, d'autre part ils possèdent une manchette sur la partie supérieure du dossier. Ces aménagements ont été apportés afin que le fidèle puisse s'agenouiller et se relever plus aisément, et puissent poser les coudes sur le dossier.

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Attention à ne pas confondre avec les voyelles ( ou ponteuses ), destinées au jeu, et dont l'assise est à hauteur traditionnelle.

 

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Voilà, j'espère avoir en quelques lignes dégrossi le sujet. N'hésitez pas à me faire part de vos réactions.

Bonnes trouvailles ! 

14/06/2011

Nouvelle déception .... nouveau coup de gueule

 Voici ma déception du moment,et à double titre.

Tout d'abord, malgré des e-mails répétés,parce que j'ai superbement été ignoré par l'expert de la  vente ( un cabinet pourtant fort renommé ),ensuite parce que le siège que je convoitais m'a échappé.

Il s'agissait d'un fauteuil de bureau à assise tournante. Présenté par l'étude Thierry de MAIGRET et passé en vente aux enchères à Drouot le 9 juin dernier, ce fauteuil était en hêtre. Très joli modèle donc, mais exécuté dans un bois moins " noble " que l'acajou ou le noyer, ce que l'on préfère. Estimé 3/6000 euros, ce siège a finalement été adjugé 6200 euros ( frais en sus ).

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Faute de précision sur l'état du siège, et ne pouvant me rendre à l'exposition, je me suis donc abstenu sagement de miser, au risque de passer à côté de quelque chose, ce qui fut sans doute le cas. Je précise que ma demande avait été adressée à l'étude environ 2 semaines avant la vente. Résultat : rien, pas de réponse de la part de l'expert, juste la jolie photo figurant au catalogue accompagnée du descriptif y figurant, transmise poliment par l'étude. Rien qui n'ai pu m'avancer en fait...

Cette semaine, re-belote. Même étude, même expert.

3 lots passant en vente demain m'intéressent : un cartel Louis XV 4 couleurs, une table de TOPINO et ( ce qui m'intéresse au plus haut point ), une table de RVLC. Sachant que ces 2 derniers lots sont signalés avec restaurations, j'adresse à l'étude 2 nouvelles demandes de rapport détaillé, ce qui, me semble t il, est justifié et compréhensible. Ces demandes datent du.... 30 mai. Même réponse polie de l'étude, joint les photos et les descriptions du catalogue. Les meubles sont au garde meuble, l'expert vous contactera dès que les lots seront visibles.

Hé bien figurez vous qu'il est 22 heures 56, et je suis sans nouvelles de ce brave expert. J'ai tout de même contacté l'étude ce matin, puis cet après midi afin de savoir ou en était ma demande. Devinez quelle fut la réponse de l'étude ???? Je vous le donne dans le mille ! " Monsieur, le cartel est pendu, je ne peux donc donner suite à votre demande. Il est de plus trop tard pour vous faire d'autres clichés. Vous comprenez, avec l'exposition qui se prépare ...."

NON MAIS DE QUI SE MOQUE T ON ?????????????????? QUE FAUT IL FAIRE ???????????????

Je ne suis pas marchand, encore moins parisien, je suis poli et courtois, qu'ai je donc fait ?Je ne peux me rendre à toutes les expositions à DROUOT, le seul moyen de me faire une opinion que la qualité de la marchandise présentée est donc d'avoir recours aux photographies et aux contacts avec les chargés de vente.

Moi je pense que certains acteurs du marché parisiens feraient bien de faire preuve d'un peu d'humilité, je pense notament à certains experts. Agissent ils par favoritisme, au profit de marchands ? C'est ce que je crois, l'ayant déjà constaté par le passé ! Selon l'intervenant, les réponses sont différentes. Et nous pauvres amateurs, que devons nous faire ? Engager 10000 euros comme ça, à l'aveuglette ? Sommes nous donc si stupides !

Il est parfaitement inadmissible qu'avec les moyens de communication actuels des amateurs, dont je fais partie, soient superbement ignorés par ce genre de personnalité hautaine !

En conclusion, je pense que je vais abandonner tout simplement les recherches sur PARIS. Ce panier de crabes commence sérieusement à m'exaspérer, et je ne suis pas le seul.

Laissons donc ce marché aux nombrilistes et gens de petite morale. Je pense que le marché de l'art mérite mieux que ces parasites qui gangrènent le système, et qui agissent en position de monopole ( qui donc oserait contester l'expertise de tel cabinet, jouissant d'une réputation trans-générationnelle? Et si tel est le cas, que se passe t il ? Le meuble repasse en commission d'expertise, composée, bien entendu, d'experts connaissant bien le mis en cause ! Et l'adage se vérifie à nouveau " les loups ne se mangent pas entre eux " ! ).

Et bien moi, j'en ai marre d'être pris pour un mouton, alors je réagis, et espère faire réagir nombre d'entre vous !

 

28/10/2010

Un fauteuil de bureau à assise tournante d'époque Louis XVI

Je vous présente un siège rare, puisqu'il s'agit d'un fauteuil de bureau à assise tournante d'époque Louis XVI. Cherchant ce type de fauteuil depuis plusieurs années, j'ai donc été marqué par le passage de celui ci en vente publique la semaine dernière.

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Ce siège, en noyer, est recouvert d'un cuir de couleur havane réhaussé d'une vignette dorée à l'or fin apposée à chaud.

L'assise circulaire repose sur quatre pieds cannelés et rudentés à pointe d'asperge. Les dés de raccordement sont sculptés d'une marguerite. La ceinture est quant à elle ornée d'une frise de rais de coeur.

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Le dossier en gondole, est prolongé par accotoirs cannelés à nez volutés .

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Le fauteuil est composé de deux parties principales. La première englobe le piètement et la ceinture, fixes. La seconde est composée de l'assise, du dossier et des accotoirs. Cette dernière est mobile, et tourne autour de la ceinture.

Cecic est rendu possible par un système de galets ( sortes de petites roulettes ), fixés sous l'assise. Ils viennent se poser dans une gorge creusée dans le haut de la ceinture, dont le fond est muni de lamelles d'acier. Le galets peuvent ainsi tourner dans la gorge sans user le bois. L'ensemble de ce système et maintenu en place par une vis traversant la ceinture, et venant se fixer sur une traverse placée sous l'assise.

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Les fauteuils de bureau d'époque Louis XVI à assise tournante sont rares et onéreux; on trouve plus facilement des fauteuils à asise fixe, souvent cannés, datant de cette époque. Vous croiserez également plus fréquement des sièges du style Louis XV ou des fauteuils de cabinet Régence.

Notre fauteuil a subi plusieures restaurations notables : tenons arasant la ceinture, équerres, et surtout pieds recoupés. En effet, si vous regardez en détail l'extrêmité de ceux-ci, vous vous apercevrez que les chandelles ( bouts de pieds ) sont grossières, et jurent avec le reste , ce qui indique qu'elles ont été refaites. Plus grave, on observe que les asperges rudentées sont courtes, et ne comportent que la tête de l'asperge et un annelet. Ceci montre que chaque pied a été coupé sur 3 cm au moins, les asperges étant composées d'au minimum 3 annelets. Il manque donc environ 5/6 cm de bois ancien.Ces dégats sont expliquable par le fait que, plus que pour tout autre siège, ce type de fauteuil était soumis à de nombreuses contraintes, expliquant les usures et cassures fréquentes ayant entraîné des restaurations fréquentes.

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A titre d'anecdote j'ai vu, ce mois ci, dans les ateliers d'un ébéniste de ma région, un modèle de CANABAS en acajou, à l'intérieur du piétement duquel on avait ajouté une croix en fer forgé, de manière à empêcher les pieds de bouger, et les rendant solidaires. Cette croix, datant du XVIIIème, avait donc été installée peu de temps après la naissance du siège, ce qui montre bien son extrême fragilité !

Quoiqu'il en soit, notre très beau siège, malgré son état, a tout de même été vendu 3840 euros frais inclus, sur une estimation ( modeste, compte tenu de son état ) de 6/1000 euros. Ceci montre bien l'intérêt suscité par de type de mobilier de rare, de qualité, et convenant parfaitement à usage moderne et quotidien.

Un siège de ce modèle en bon état se négocie aux environs de 4/5000 euros. Les modèles plus rares, avec un dossier cannés recouvert d'un cuir, et/ou en acajou, à l'image de certaines crétaions de CANABAS ou de JACOB, peuvent voir leur prix moyens attaindre 10/15 000 euros. 

A tire d'exemple, je vous citerai un modèle en hêtre à entretoise portant l'estampille de BOULARD vendu 4700 euros en décembre 2009 ( dossier en gondole et accotoirs recouverts postérieurement de cuir, ces derniers devant être à l'origine respectivement cannés et gainés, et à bois nu pour les nez et les consoles d'accotoirs ).

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Un autre modèle, plus connu, est celui de Geoges JACOB à pied en consoles, modèle se négociant 10/15000 euros pour une variante classique, bien au delà pour un modèle plus travaillé.

Estampillé I JACOB est 7 a 10 000 euros pieds entes acajou moulure assise circulaire tournante H92cmL56cmP70cm.jpg

Enfin, comment ne pas citer ce superbe modèle de DELANOIS en bois doré, invendu à PARIS en Octobre dernier, estimé 35/40 000 euros.

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20/06/2010

Une paire de marquises de Claude SENE

Bonjour,

Je vous présente au travers de cette note une très belle paire de sièges que j'avais repéré dans une vente non cataloguée. Il s'agit d'une paire de marquises, ces larges sièges, d'époque Louis XVI estampillés de Claude SENE. De très belle qualité, et dans un état de conservation quasi irréprochable, cette paire de sièges, modestement estimée 4/5000 euros, a été adjugée 20000 euros ( frais en sus de 22% environ ), ce qui fut largement au dessus de mes moyens.

 

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Je précise que les marquises sont des sièges rares , qui plus est en paire. En effet, on trouve généralement sous la dénominaton de marquises bon nombre de sièges modifiés, tels des canapés raccourcis ou des bergères agrandies. Dans ces deux cas, il est impératif d'étudier dans un premier temps le motif de la traverse avant des ceintures. Des motifs décentrés ou tronqués doivent éveillés vos soupçons, de même que des traces de coupes. N'hésitez pas à retourner le siège. Ainsi, si vous êtes en présence d'un canapé raccourci , vous trouverez trace de cette modification. L'examen du chevillage et de la patine de l'intérieur de cette ceinture sera déterminant. En cas de bergère élargie, vous trouverez des parties de traverses rapportées tand sur le dossier que sur la ceinture du siège.

Dans le cas des sièges présentés, il s'agissait sans aucun doute d'une vraie paire de marquises, ce qui explique le montant atteint. Le décor était d'un grand classicisme, était très fin et parfaitement exécuté. Les proportions était quant à elles parfaites, ce qui donnait un bel équilibre à ces sièges. L'estampille d'un grand maître menuisier n'était pas non plus étrangère à ce résultat. Chez un bon antiquaire, une telle paire de sièges oscille entre 30 et 40 000 euros. De quoi faire rêver !

25/04/2010

Jean Baptiste Bernard DEMAY, un menuisier trop peu cité

De nombreuses questions m'ont été posées sur un siège figurant sur l'un des clichés présentant mon bureau plat ( cf note du 03 avril 2010 ).

Ce siège, fort discret sur cette photo, et pas du tout mis en valeur ( bien évidemment, puisque ma note traitait du bureau en question ), a fait chauffer quelques claviers !

Je vais donc ravir certains esprits avides et rassasier la curiosité de quelques amateurs ayant un oeil bien aiguisé ma foi ! 

Ce très beau fauteuil est en fait le fleuron de ma collection de sièges. Avant de revenir en détail sur cette très belle pièce, parlons un peu de son concepteur Jean Baptiste Bernard DEMAY, qui, à mon goût, est trop peu méconnu au regard de la qualité des ouvrages qu'il nous a laissé.

Je n'aborderai ici que les productions de l'époque Louis XVI, laissant les oeuvres du XIX ème de côté, non pas parce qu'elles sont inintéressantes, bien au contraire, mais parce qu'elles concernent une période pour laquelle je possède des connaissances insuffisantes pour pouvoir rédiger objectivement un article ( cependant, si le coeur vous en dit, vous pouvez m'y aider ... )

BIOGRAPHIE :

Jean Baptiste Bernard DEMAY est un menuisier en sièges né en 1759 et mort le 4 février 1848. Il accède à la maîtrise le 14 mars 1784 .

Ces dates sont importantes, car elles montrent que cet artisan a eu une longévité exceptionnelle pour l'époque ( 89 ans ). Sachant adapter son savoir-faire aux goûts à la mode, il a commencé son activité en plein essor du style Louis XVI, l'a poursuivi sous le Directoire, l'Empire, la Restauration, le règne de charles X,pour l'achever sous Louis Philippe. De ces deux dernières périodes, je n'ai pas trouvé trace de sa marque apposée sur un quelconque ouvrage. De deux choses l'une : soit il avait cessé son activité ( ce dont je doute ), soit il n'estampillait plus ses oeuvres, cette obligation étant depuis longtemps tomber en désuétude. 

Denise LEDOUX-LEBARD signale que ses affaires ont périclité à partir de 1809, date à laquelle il fit faillite.Malgré  l'obtention d'un concordat au mois de décembre de la même année, ses affaires allèrent de mal en pis à compter de 1814, malgré des commandes du Garde meuble impérial, notamment en 1811. L'année suivante, il ne put honorer une commande de couchettes destinées aux ouvriers parisiens . Il n'est pas précisé à quelle date il cessa d'exercer. On sait que la crise du second Empire lui sera fatale, mais qu'à t il produit jusque là ?

Jean Baptiste Bernard DEMAY accède à la maîtrise à l'âge de 25 ans, ce qui est un peu au dessous de l'âge moyen, qui se situe vers 30 ans. On peut donc en déduire que ses lettres ont été acquises après une période d'apprentissage écourtée, certainement en raison de son grand talent et de son habileté. La finesse de ses créations de style Louis XVI, les motifs ornementaux utilisés ainsi que leur tracé particulier, l'équilibre des volumes et les liaisons entre les éléments des sièges, particulièrement soignées, laissent supposer qu'il a été compagnon dans un très bon atelier parisien.En effet, les règles corporatives de l'époque imposaient une période de compagnonnage et d'apprentissage qui ne pouvait se faire qu'auprès d'autres maîtres. En fait, il a convolé en juste noce avec l'une des filles de Claude SENE, Claudine Jeanne. Celà lui permis d'une part d'accéder à la maîtrise plus facilement et d'autre part de lui ouvrir les portes des ateliers d'une des plus prestigieuses familles de maîtres en siège de l'époque, d'où la qualité de ses ouvrages. 

DEMAY eut plusieurs adresses. Il débuta son activité au faubourg Saint Antoine, fief de nombreux maîtres prestigieux, au numéro 266 Grande Rue. Vers 1806, il emménagea au 43 rue de cléry, dans l'atelier de son beau père, Claude SENE, qu'il conserva après la mort de ce dernier , survenue en 1807. Vers la fin de sa vie, il se retira au 189 rue du faubourg Saint martin, où il mourrut.

De son union avec Claudine Jeanne SENE nacquirent plusieurs enfants, dont deux garcons. François Jean, qui embrassa le métier de son père, et Antoine Gaspard, qui fut un temps ouvrier-ébéniste avant de devenir marchand-frippier.

PRODUCTION :

La production de DEMAY se signale toujours par un soin particulier apporté aux détails et à la finesse des sculptures, quelque soit l'époque concernée.

Il travailla régulièrement pour la Couronne.Il reçut des commandes de Marie Antoinette pour meubler le Petit Trianon ( ce qui le fit passer à la postérité ), puis du garde Meuble Impérial.

Jusqu'à la révolution, il utilise l'estampille JBB DEMAY ( ci-dessous celle relevée sur le siège dont je vous parlerai plus bas ).

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Après celle-ci, et jusqu'à la fin de son activité, il emploie l'estampille sur deux lignes DEMAY RUE DE CLERY.

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LE STYLE LOUIS XVI

DEMAY est considéré par certains auteurs comme l'un des meilleurs chaisiers de la fin du XVIII ème. Sa production de style Louis XVI est essentiellement composée de sièges laqués et dorés, comme c'était la mode. Il eut une prédilection pour les petites chaises ( ponteuses, voyelles, prie Dieu ) et les sièges de salle à manger. La plupart de ses créations ont des dossiers ajourés à motifs de lyre, de gerbe ou encore de montgolfière. Sans être un pionnier du style, DEMAY invente des dérivations ornementales qui lui sont propres. Dès ses débuts, il bénéficie des commandes de la Couronne, sous la protetion de Marie Antoinette, qui lui commande un ensemble de siège pour le Petit Trianon. 

Le musée des arts décoratifs de PARIS conserve un très bel exemplaire de fauteuil à la reine appartenant vraisemblablement à ce meuble. Il comporte des pieds sculptés de spirales, de même que les consoles d'accotoir en forme de balustre. La ceinture est sculptée de frise d'entrelacs, et le dossier de rubans tors. Les spirales, chez DEMAY, sont serrées, et quasiment horizontales sur les pieds, ce qui est l'une de ses spécificités, de même que les consoles d 'accotoir reposant sur des butées cannelées, et le motif floral ornant les dés de raccordement. Vous remarquerez les feuilles d'acanthe finement sculptées ornant la base des console d'accotoir et le pommeau de l'accotoir, trait commun à de nombreux siège de DEMAY. Ce décor permet de dater ce siège vers 1785/1790.

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Le musée Carnavalet conserve, quant à lui, une chaise à dossier montgolfière en hêtre peint, et à assise ronde. Le dossier est particulièrement fin. Les pieds sont sculptés de fines cannelures rudentées. La margueritte figurant sur le dé de raccordement est l'un des motifs caractéristiques de DEMAY. 

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Les occasions sont fort rare de croiser en vente publique ou chez les professionels des sièges de cette époque. Je citerai uniquement à titre d'exemple qu'une bergère à dossier plat en chapeau de gendarme attribuée à DEMAY ( en raison de similitudes avec les sculptures relevées sur un salon en bois doré signé de cet artisan et conservé au Metropolitan Museum de NEW YORK ) a été vendue dans l'état 2200 euros hors frais en 2008 ( étude DAGUERRE, lot n° 181, vente du 21 mars 2008 ).
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Le fauteuil que je possède est exceptionnel à plus d'un titre. Je pense d'ailleurs qu'il fait partie d'un meuble de commande. Sa qualité d'exécution n'exclue pas une provenance royale, mais, au stade de mes recherches, ce n'est qu'une hypothèse. Je vous laisse en juger.

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En hêtre laqué ( la laque est d'origine ), il est très finement sculpté. Tout d'abord les pieds: il sont fuselés, finement cannelés et rudentés à l'avant et à l'arrière ( ce qui n'est pas fréquent ). Je dis que les cannelures sont fines, car on en dénombre 12, alors que sur un siège plus conventionnel, elles sont plus larges, et sont au nombre de 8, plus rarement de 6 ( travail provincial en général ).
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La ceinture, quant à elle, est sculptée d'une frise d'entrelac fleurie, c'est à dire qu'au lieu d'être ornés uniquement au centre d'un disque, les motifs sont sculptés de fleurettes, ce qui est très rare ( ici, il y a alternance disques/fleurettes ).
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Les dés de raccordement sont sculptés dans la masse d'une fine marguerite à l'avant et à l'arrière. Habituellement, seuls les dés de raccordement avant sont sculptés. L'arrière, non visible, est laissé lisse ou au mieux est taillé en pointe de diamant. Ce motif à 10 pointes est typique de DEMAY, mais il n'en a pas eu l'exclusivité ( JACOB, SENE et BOULARD l'ont également utilisé ).
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Ces dés sont sommés d'une butée en forme de colonne tronquée, cannelées et rudentée de fines pointes d'asperge, surmontée d'une rosace. Ce décor est exceptionnel, car très peu de sièges possèdent cette caractéristique, et il est fort probable que DEMAY ait innové en proposant ce motif , directement inspiré des temples antiques.
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La liaison avec les consoles d'accotoir se fait grâce à une sorte d'agrafe. Ces consoles, en léger retrait, sont sculptées finement d'une feuille d'acanthe surmontée de bretages ( ou " grattoir " ).
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Le dossier, quant à lui, est en anse de panier. Il est sommé de plumets, et est entièrement scupté d'une frise d'enrelacs fleurie ( en rappel des sculptures de la ceinture ) et d'un rang de perles sur le chant. Vous remarquerez que la ligne est fluide, et que le dossier se joint parfaitement aux accotoirs.
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Copie de MOBILIER_09.JPG
L'état de conservation est impressionnant. En effet, aucune restauration importante n'a été faite. Il n'y a pas de renfort en ceinture, et le fauteuil n'a pas de jeu. Seule l'assise a été anciennement rechevillée, ce qui prouve que ce siège n'est passé qu'en de très bonnes mains depuis sa création, ce qui est bien rassurant.
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Les productions d'après Révolution
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Comme je vous l'annonçais en début d'article, je vais plus que survoler cette période, qui, bien qu'étant la plus importante en terme de longévité dans la carrière de DEMAY, nécessite une connaisance que je ne possède pas.
Il faut tout de même savoir que DEMAY, jusqu'au premier Empire, a été sollicité par le garde meuble impérial. Sa production, toujours d'une qualité et d'une finesse exquises, s'est actualisée et a suivi la mode, ce qui lui a permis d'avoir une activité durable, malgré les aléas économiques et les difficultés financières qu'il a rencontré. La crise du second Empire lui sera cependant fatale.
Sa production est essentiellement centrée sur les sièges en acajou, et sur quelques rares meubles d'appoint.
Dans cet esprit, une paire de bergères en acajou en gondole, à décor de col de cygne, munis de pieds finement sculptés et ornée de bronzes a été vendue pour la somme de 5500 euros hors frais en 2009 ( étude KOHN, vente du 29-05-2009, lot n° 41 ), ce qui est une très belle enchère pour un mobilier de cette période ( en effet, le style Empire est désaffectionné des amateurs, ce qui est bien dommage, car la ligne est noble, et les créations de qualité se trouvent encore à des tarifs plus que raisonnables, voir même dérisoires ), justifiée par la très belle qualité de ces sièges, et leur état.
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Dans le même esprit a été conçu ce fauteuil en gondole, muni de bronzes à décor de tête et de pieds de bêlier.
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J'ai également en mémoire ce très beau fauteuil pasé en vente le 27 mars dernier lors d'une vacation de l'étude LAPERRAUDIERE. Ce siège était finement sculpté de bustes de femmes et muni de pieds griffe. Il a été vendu 1850 euros hors frais.
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Doué d'un grand talent, DEMAY a su se distinguer de nombre de ses confrères par la qualité et la finesse de ses ouvrages. Sachant utiliser et personnaliser les décors à la mode, il a marqué de son empreinte le dernier quart du XVIII ème siècle.
Ses oeuvres  de style Louis XVI, rares sur le marché, sont toujours recherchées et séduisent bien des amateurs même en ces temps difficiles.