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25/04/2010

Jean Baptiste Bernard DEMAY, un menuisier trop peu cité

De nombreuses questions m'ont été posées sur un siège figurant sur l'un des clichés présentant mon bureau plat ( cf note du 03 avril 2010 ).

Ce siège, fort discret sur cette photo, et pas du tout mis en valeur ( bien évidemment, puisque ma note traitait du bureau en question ), a fait chauffer quelques claviers !

Je vais donc ravir certains esprits avides et rassasier la curiosité de quelques amateurs ayant un oeil bien aiguisé ma foi ! 

Ce très beau fauteuil est en fait le fleuron de ma collection de sièges. Avant de revenir en détail sur cette très belle pièce, parlons un peu de son concepteur Jean Baptiste Bernard DEMAY, qui, à mon goût, est trop peu méconnu au regard de la qualité des ouvrages qu'il nous a laissé.

Je n'aborderai ici que les productions de l'époque Louis XVI, laissant les oeuvres du XIX ème de côté, non pas parce qu'elles sont inintéressantes, bien au contraire, mais parce qu'elles concernent une période pour laquelle je possède des connaissances insuffisantes pour pouvoir rédiger objectivement un article ( cependant, si le coeur vous en dit, vous pouvez m'y aider ... )

BIOGRAPHIE :

Jean Baptiste Bernard DEMAY est un menuisier en sièges né en 1759 et mort le 4 février 1848. Il accède à la maîtrise le 14 mars 1784 .

Ces dates sont importantes, car elles montrent que cet artisan a eu une longévité exceptionnelle pour l'époque ( 89 ans ). Sachant adapter son savoir-faire aux goûts à la mode, il a commencé son activité en plein essor du style Louis XVI, l'a poursuivi sous le Directoire, l'Empire, la Restauration, le règne de charles X,pour l'achever sous Louis Philippe. De ces deux dernières périodes, je n'ai pas trouvé trace de sa marque apposée sur un quelconque ouvrage. De deux choses l'une : soit il avait cessé son activité ( ce dont je doute ), soit il n'estampillait plus ses oeuvres, cette obligation étant depuis longtemps tomber en désuétude. 

Denise LEDOUX-LEBARD signale que ses affaires ont périclité à partir de 1809, date à laquelle il fit faillite.Malgré  l'obtention d'un concordat au mois de décembre de la même année, ses affaires allèrent de mal en pis à compter de 1814, malgré des commandes du Garde meuble impérial, notamment en 1811. L'année suivante, il ne put honorer une commande de couchettes destinées aux ouvriers parisiens . Il n'est pas précisé à quelle date il cessa d'exercer. On sait que la crise du second Empire lui sera fatale, mais qu'à t il produit jusque là ?

Jean Baptiste Bernard DEMAY accède à la maîtrise à l'âge de 25 ans, ce qui est un peu au dessous de l'âge moyen, qui se situe vers 30 ans. On peut donc en déduire que ses lettres ont été acquises après une période d'apprentissage écourtée, certainement en raison de son grand talent et de son habileté. La finesse de ses créations de style Louis XVI, les motifs ornementaux utilisés ainsi que leur tracé particulier, l'équilibre des volumes et les liaisons entre les éléments des sièges, particulièrement soignées, laissent supposer qu'il a été compagnon dans un très bon atelier parisien.En effet, les règles corporatives de l'époque imposaient une période de compagnonnage et d'apprentissage qui ne pouvait se faire qu'auprès d'autres maîtres. En fait, il a convolé en juste noce avec l'une des filles de Claude SENE, Claudine Jeanne. Celà lui permis d'une part d'accéder à la maîtrise plus facilement et d'autre part de lui ouvrir les portes des ateliers d'une des plus prestigieuses familles de maîtres en siège de l'époque, d'où la qualité de ses ouvrages. 

DEMAY eut plusieurs adresses. Il débuta son activité au faubourg Saint Antoine, fief de nombreux maîtres prestigieux, au numéro 266 Grande Rue. Vers 1806, il emménagea au 43 rue de cléry, dans l'atelier de son beau père, Claude SENE, qu'il conserva après la mort de ce dernier , survenue en 1807. Vers la fin de sa vie, il se retira au 189 rue du faubourg Saint martin, où il mourrut.

De son union avec Claudine Jeanne SENE nacquirent plusieurs enfants, dont deux garcons. François Jean, qui embrassa le métier de son père, et Antoine Gaspard, qui fut un temps ouvrier-ébéniste avant de devenir marchand-frippier.

PRODUCTION :

La production de DEMAY se signale toujours par un soin particulier apporté aux détails et à la finesse des sculptures, quelque soit l'époque concernée.

Il travailla régulièrement pour la Couronne.Il reçut des commandes de Marie Antoinette pour meubler le Petit Trianon ( ce qui le fit passer à la postérité ), puis du garde Meuble Impérial.

Jusqu'à la révolution, il utilise l'estampille JBB DEMAY ( ci-dessous celle relevée sur le siège dont je vous parlerai plus bas ).

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Après celle-ci, et jusqu'à la fin de son activité, il emploie l'estampille sur deux lignes DEMAY RUE DE CLERY.

Estampile DEMAY RUE CLERY 1.jpg
LE STYLE LOUIS XVI

DEMAY est considéré par certains auteurs comme l'un des meilleurs chaisiers de la fin du XVIII ème. Sa production de style Louis XVI est essentiellement composée de sièges laqués et dorés, comme c'était la mode. Il eut une prédilection pour les petites chaises ( ponteuses, voyelles, prie Dieu ) et les sièges de salle à manger. La plupart de ses créations ont des dossiers ajourés à motifs de lyre, de gerbe ou encore de montgolfière. Sans être un pionnier du style, DEMAY invente des dérivations ornementales qui lui sont propres. Dès ses débuts, il bénéficie des commandes de la Couronne, sous la protetion de Marie Antoinette, qui lui commande un ensemble de siège pour le Petit Trianon. 

Le musée des arts décoratifs de PARIS conserve un très bel exemplaire de fauteuil à la reine appartenant vraisemblablement à ce meuble. Il comporte des pieds sculptés de spirales, de même que les consoles d'accotoir en forme de balustre. La ceinture est sculptée de frise d'entrelacs, et le dossier de rubans tors. Les spirales, chez DEMAY, sont serrées, et quasiment horizontales sur les pieds, ce qui est l'une de ses spécificités, de même que les consoles d 'accotoir reposant sur des butées cannelées, et le motif floral ornant les dés de raccordement. Vous remarquerez les feuilles d'acanthe finement sculptées ornant la base des console d'accotoir et le pommeau de l'accotoir, trait commun à de nombreux siège de DEMAY. Ce décor permet de dater ce siège vers 1785/1790.

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Le musée Carnavalet conserve, quant à lui, une chaise à dossier montgolfière en hêtre peint, et à assise ronde. Le dossier est particulièrement fin. Les pieds sont sculptés de fines cannelures rudentées. La margueritte figurant sur le dé de raccordement est l'un des motifs caractéristiques de DEMAY. 

Chaise montgolfiere.jpg
Les occasions sont fort rare de croiser en vente publique ou chez les professionels des sièges de cette époque. Je citerai uniquement à titre d'exemple qu'une bergère à dossier plat en chapeau de gendarme attribuée à DEMAY ( en raison de similitudes avec les sculptures relevées sur un salon en bois doré signé de cet artisan et conservé au Metropolitan Museum de NEW YORK ) a été vendue dans l'état 2200 euros hors frais en 2008 ( étude DAGUERRE, lot n° 181, vente du 21 mars 2008 ).
Begere Louis XVI attribuee lot 181 DAGUERRE.jpg

Le fauteuil que je possède est exceptionnel à plus d'un titre. Je pense d'ailleurs qu'il fait partie d'un meuble de commande. Sa qualité d'exécution n'exclue pas une provenance royale, mais, au stade de mes recherches, ce n'est qu'une hypothèse. Je vous laisse en juger.

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En hêtre laqué ( la laque est d'origine ), il est très finement sculpté. Tout d'abord les pieds: il sont fuselés, finement cannelés et rudentés à l'avant et à l'arrière ( ce qui n'est pas fréquent ). Je dis que les cannelures sont fines, car on en dénombre 12, alors que sur un siège plus conventionnel, elles sont plus larges, et sont au nombre de 8, plus rarement de 6 ( travail provincial en général ).
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La ceinture, quant à elle, est sculptée d'une frise d'entrelac fleurie, c'est à dire qu'au lieu d'être ornés uniquement au centre d'un disque, les motifs sont sculptés de fleurettes, ce qui est très rare ( ici, il y a alternance disques/fleurettes ).
Copie de Photo 073.jpg
Les dés de raccordement sont sculptés dans la masse d'une fine marguerite à l'avant et à l'arrière. Habituellement, seuls les dés de raccordement avant sont sculptés. L'arrière, non visible, est laissé lisse ou au mieux est taillé en pointe de diamant. Ce motif à 10 pointes est typique de DEMAY, mais il n'en a pas eu l'exclusivité ( JACOB, SENE et BOULARD l'ont également utilisé ).
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Ces dés sont sommés d'une butée en forme de colonne tronquée, cannelées et rudentée de fines pointes d'asperge, surmontée d'une rosace. Ce décor est exceptionnel, car très peu de sièges possèdent cette caractéristique, et il est fort probable que DEMAY ait innové en proposant ce motif , directement inspiré des temples antiques.
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La liaison avec les consoles d'accotoir se fait grâce à une sorte d'agrafe. Ces consoles, en léger retrait, sont sculptées finement d'une feuille d'acanthe surmontée de bretages ( ou " grattoir " ).
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Copie de MOBILIER_10.JPG
Le dossier, quant à lui, est en anse de panier. Il est sommé de plumets, et est entièrement scupté d'une frise d'enrelacs fleurie ( en rappel des sculptures de la ceinture ) et d'un rang de perles sur le chant. Vous remarquerez que la ligne est fluide, et que le dossier se joint parfaitement aux accotoirs.
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Copie de MOBILIER_09.JPG
L'état de conservation est impressionnant. En effet, aucune restauration importante n'a été faite. Il n'y a pas de renfort en ceinture, et le fauteuil n'a pas de jeu. Seule l'assise a été anciennement rechevillée, ce qui prouve que ce siège n'est passé qu'en de très bonnes mains depuis sa création, ce qui est bien rassurant.
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Les productions d'après Révolution
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Comme je vous l'annonçais en début d'article, je vais plus que survoler cette période, qui, bien qu'étant la plus importante en terme de longévité dans la carrière de DEMAY, nécessite une connaisance que je ne possède pas.
Il faut tout de même savoir que DEMAY, jusqu'au premier Empire, a été sollicité par le garde meuble impérial. Sa production, toujours d'une qualité et d'une finesse exquises, s'est actualisée et a suivi la mode, ce qui lui a permis d'avoir une activité durable, malgré les aléas économiques et les difficultés financières qu'il a rencontré. La crise du second Empire lui sera cependant fatale.
Sa production est essentiellement centrée sur les sièges en acajou, et sur quelques rares meubles d'appoint.
Dans cet esprit, une paire de bergères en acajou en gondole, à décor de col de cygne, munis de pieds finement sculptés et ornée de bronzes a été vendue pour la somme de 5500 euros hors frais en 2009 ( étude KOHN, vente du 29-05-2009, lot n° 41 ), ce qui est une très belle enchère pour un mobilier de cette période ( en effet, le style Empire est désaffectionné des amateurs, ce qui est bien dommage, car la ligne est noble, et les créations de qualité se trouvent encore à des tarifs plus que raisonnables, voir même dérisoires ), justifiée par la très belle qualité de ces sièges, et leur état.
Paire de bergere gondole acajou empire lot 41 vente du 290509 KOHN.jpg
Dans le même esprit a été conçu ce fauteuil en gondole, muni de bronzes à décor de tête et de pieds de bêlier.
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J'ai également en mémoire ce très beau fauteuil pasé en vente le 27 mars dernier lors d'une vacation de l'étude LAPERRAUDIERE. Ce siège était finement sculpté de bustes de femmes et muni de pieds griffe. Il a été vendu 1850 euros hors frais.
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Doué d'un grand talent, DEMAY a su se distinguer de nombre de ses confrères par la qualité et la finesse de ses ouvrages. Sachant utiliser et personnaliser les décors à la mode, il a marqué de son empreinte le dernier quart du XVIII ème siècle.
Ses oeuvres  de style Louis XVI, rares sur le marché, sont toujours recherchées et séduisent bien des amateurs même en ces temps difficiles.

01/03/2010

Les estampilles : définition et description

L'estampille

Tous les amateurs de meubles anciens se sont un jour trouvé devant un meuble estampillé. Cependant, il est très difficile de déceler une estampille authentique d'une marque postérieure.

Voici quelques notions que j'ai acquises au fil du temps, et qui pourront peut être vous être utiles un jour.

L'estampille : qu'est-ce que c'est ?

L'estampille est une marque apposée sur le meuble par le menuisier ou l'ébéniste l'ayant réalisé .

Cependant, il n'est pas dit que se soit le maître en personne qui ait réalisé l'ouvrage. L'estampille prouve juste que la pièce est sortie de ses ateliers, et a été réalisée sous sa direction, ou avec son approbation. Il est loin d'être certain que le maître aie contribué en personne à la fabrication du meuble ( les atelier de Georges JACOB ont employé jusqu'à 700 ouvriers en même temps; l'estampille n'était apposée qu'à la sortie des meubles de l'atelier. Le maître a, la plupart du temps, réalisé les calibres, qui, par la suite, ont été utilisés comme modèles par les ouvriers qui ont eu la charge la construction du siège).

 

Pourquoi estampillait on les meubles ?

Les premières estampilles ont fait leur apparition vers 1720. Elles sont alors apposées ( rarement ) sur des meubles réalisés par des maîtres suivant des obligations déjà en vigueur depuis des décennies, mais non respectées.

L'estampille a été rendue obligatoire à la promulgation des corporations en 1743. Cependant, son usage n'a été légalisé qu'en 1751 par un édit royal. On pouvait lire dans celui ci " Et ne pourront les dits maîtres délivrer aucun ouvrage qu'ils ne les aient préalablement marqués de leur marque à peine de confiscation et de 20 livres d'amende par pièce non marquées ". L'apposition de cette marque permettait aux contrôleurs de distinguer les ouvrages, et de taxer tel ou tel menuisier en fonction de la qualité et de la quantité des pièces fournies. Autant dire que les fraudeurs étaient nombreux, et les meubles non estampillés circulaient fort bien . Ce qui explique que l'on puisse trouver aujourd'hui des meubles de très belle qualité, mais non estampillés.

Les lettres de maîtrise pouvaient être acquises de deux façons. La première consistait, à l'issue d'une période  d'apprentissage et de compagnonnage, à présenter, après paiement d'une taxe ( fluctuante suivant notament les origines sociales du candidat ), un chef d'oeuvre jugé par un comité composé de maîtres de la corporation. La seconde, plus rare, consistait  à accorder la maîtrise par décret royal à des ouvriers libres ( généralement d'origine étrangère ), sans avoir subi le cursus précité,  en raison de la qualité de leur ouvrages.

L'artisan était dès lors tenu ( en principe, mais les fraudeurs étaient nombreux ) d'estampiller les meubles qu'il produisait. Les maîtres ayant les privilèges royaux, c'est à dire oeuvrant pour la Couronne, étaient dispenser de payer la taxe, et donc d'estampiller systématiquement leurs ouvrages.En cas de vente directe de l'artisan à l'acheteur, l'estampille n'était pas non plus apposée.Il faut également savoir ( mais je reviendrait sur ce sujet ultérieurement ), que certains menuisiers ou ébénistes étaient également marchands de meubles. D'autres sous traitaient des commandes avec leurs confrères. Ainsi, il est possible de trouver plusieurs estampilles de maîtres sur un même meuble, ou l'estampille d'un marchand-mercier sur une pièce pouvant être attribuée avec certitude à un de ses confrères. Il a même été découverts des meubles strictement identiques, mais portant des estampilles différentes..... Les dérogations à la règle de l'estampille étaient donc nombreuses !

L'obligation d'estampiller les meubles a pris fin à la révolution française, avec l'abolition des privilèges. Cependant, de nombreux artisans ont continué d'apposer leur marque sur leurs créations, tand au 19 ème siècle ( les ateliers JACOB, par exemple, ont continué d'estampiller jusqu'à la fermeture des ateliers ) qu'au 20 ème siècle ( GALLE, MAJORELLE, RUHLMANN,PROUVE ... ).

Quelles sont les différentes estampilles que l'on peut trouver sur un meuble du XVIII ème ?

Une estampille, comme mentionné précédemment, est une signature. C'est une marque (un nom, symbole ou des initiales ) apposée en creux dans le bois. Certains ébénistes ( j'emploierai ce terme générique pour regrouper menuisiers et ébénistes ) n'ont cependant jamais ou peu estampillés leurs oeuvres. Cependant, ils ont pu apposer soit leur nom au pochoir, soit coller une étiquette sur le meuble ( c'est le cas pour la plupart des ébénistes de la dynastie des HACHE à GRENOBLE ). 

L'estampille était frappée à l'aide d'un fer monobloc dont l'empreinte était déposée au Châtelet ( elle était alors frappée dans une plaque de plomb, pour en garder une trace et pour pouvoir procéder à des comparaisons en cas de litiges, nombreux à l'époque car les règles corporatives étaient très strictes ).

Les estampilles peuvent être frappées sur une ou plusieurs lignes, en forme circulaire, avec des caractères plus ou moins gros et espacés .... Une grande majorité d'entre elles est reproduite dans des ouvrages spécialisés.

Estampile CANOT.jpg

 

Estampille P BERNARD.jpg

D'autres symboles peuvent être apposés à côté des estampilles, sans en être pour autant. Vous pourrez trouver ainsi :
- des marques de château
 
Estampille JACOB DESMALTE et marque de chateau.jpg
 
 - des marques au pochoir ( d'inventaire, de succession .... )
Paire fauteuil marque château Fontainebeau att JACOB 5.jpg
DE MAIGRET vente du 270309 LOT 368 paire de chaises avec renforts marques du palais des tuileries.jpg
- La marque de Jurande des Menuisiers Ebénistes ( marque pouvant comporter des variantes, mais ayant toujours les lettres accolées de la même façon )
Meuble DESTER_4.JPG
Estmpille BURY F.jpg
Estampille POPSEL et JME.JPG
Estampille ROUSSEL avec JME.jpg

Comment distinguer une fausse estampille d'un original ?

La question est très vaste, et les paramètres à prendre en compte nombreux.

Voici quelques points à vérifier qui feront pencher votre opinion vers telle ou telle conclusion.

La grande majorité des estampilles est répertoriée dans des ouvrages spécialisés en fac similé à l'échelle 1. Ainsi, la police de caractère, les particularités, la forme et la taille des lettres et des symboles sont respectées. Je vous conseille donc de vous procurer l'un de ces ouvrages, afin d'avoir déjà une base de travail. Ainsi, si vous trouvez une estampille différente de celle répertoriée pour le maître, ll ne peut s'agir que d'un faux.

Comme je vous l'avais indiqué plus haut, l'estampille était gravée dans un seul bloc de fer ( lequel, d'ailleurs, était quasiment inusable ). Il est donc impossible de trouver un nom frappé de plusieurs lettres décalées, ou avec une empreinte d'intensité différente d'un caractère à l'autre. Il s'agit là de lettres frappées une à une, donc d'un faux. Une astuce découlant d'un principe simple, peut vous permettre à coup sûr de déceler un faux : les fers à estampiller étaient fabriqués manuellement. Les caractères avaient très souvent des petits défauts. Repérez ces défauts, et comparez les avec l'estampille que vous avez sous les yeux.... et vous saurez. La règle : 1 fer unique par atelier. Rares sont les artisans utilisant 2 fers ( ils existent dependant : Roger Vandercruse dit Lacroix, l'un des plus grands ébénistes de la période transition, estampillait R. LACROIX ou RVLC ).Tous les meubles sortant de l'atelier du même maître avaient donc les mêmes défauts. De même, si un nom comporte deux fois la même lettre, elles ne doivent pas être parfaitement identiques.

Copie de DSC02875.JPG

Attention cependant : la marque " JME " apposée parfois peut avoir plusieurs variantes ; il s'agit d'un poinçon de contrôle, utilisé par les contrôleurs de la jurande des menuisiers ebénistes attestant que la taxe a bien été perçue. Plusieurs fers ont donc été fabriqués, mais ils ont tous en commun le fait que les lettres JME sont accollées l'une à l'autre ( cf exemples ci-dessus ).

L'estampille laisse dans le bois une empreinte. Au fil du temps, les fibres du bois ont travaillé, " gonflé " ( cf estampille de GARNIER ci-dessous ).

Estampille GARNIER 2.jpg

Si, après une étude minutieuse, vous vous apercevez que les fibres sont cassées, ou que le fond des caractères est plat ( cf estampille d'Avril, accompagnée du poinçon de Jurance, lequel est apocryphe également ), l'estampille est récente. Elle a été frappée soit à l'aide d'un fer fabriqué par le faussaire, soit après avoir réalisé un surmoulage d'une estampille originale.

191 estampille.jpg

Pour en arriver à cette déduction, il vous est nécessaire d'avoir observé de nombreuses estampilles pour aguérir votre oeil.

Méfiez vous également des estampilles de grands ébénistes apposés sur des meubles " bas de gamme ". Un bon ébéniste fera toujours un travail soigné, même sur sa production courante.

La place de l'estampille est importante également. En effet, certains maîtres avaient pour habitude de signer dans des endroits précis ( NOGARET estampillait sur les traverses extérieures de ses sièges ) . Trouver une estampille dans un endroit inhabituel pour cet artisan doit donc vous inciter à la plus grande prudence. A contrario, il est possible de trouver des estampilles dans des endroits improbables, notamment sur le côté ou dans les fonds de tiroirs. En règle générale, cette solution a été adoptée par l'ébéniste lorsqu'il ne pouvait faire autrement ( commodes sans traverses, petits meubles d'appoint ... ). Une estampille illogique n'a pas de raison d'être.

Une multitude d'estampilles relevées sur un même meuble doit vous inciter à un examen approfondi. En effet, il n'y a aucune raison, par exemple, de trouver deux estampilles parfaitement lisibles l'une à côté de l'autre ( cf estampile de MEUNIER relevée sur un fauteuil médaillon Louis XVI tout à fait classique ). Il est au contraire tout à fait logique de trouver une estampille à moitié effacée car mal frappée à côté d'une estampille plus franche, voir même deux frappes superposées. Si l'ébéniste a " raté son coup ", et qu'il juge sa marque mal appliquée, il a pu la refrapper de manière lisible. Là encore, il y a une certaine logique ( cf double estampille de REIZELL et de J B BOULARD ).

Estampile RETZEL.jpg

Estampille BOULARD doublée vendu 4700 FI le 14 12 09.jpg
Cabriolet E MEUNIER.JPG

Il est possible de trouver deux estampilles de maîtres sur un même meuble ( cf estampilles de Claude JAVOY et F C MENANT ci-dessous ). Plusieurs cas peuvent se présenter :

- soit les deux maîtres ont collaborer à l'élaboration de l'ouvrage, et ont donc apposé chacun leur estampille,

- soit l'un a poursuivi le travail de l'autre ( le cas le plus connu de succession entre maîtres est le monumental bureau du roi Louis XV, estampillé de RIESENER, alors qu'OEBEN a travaillé dessus trois ans durant, avant de mourir sans achever l'ouvrage, ce que fera RIESENER )

- soit l'un a restauré ou modifié le travail de l'autre ( RIESENER a modifié, à la demande du souverains, de nombreuses commodes de ses prédécesseurs pour les remettre au goût du jour )

- soit l'un, étant marchand-mercier ( c'est à dire marchand de meubles ), a apposé son estampille à côté de celle du fabriquant avant la mise en vente. A ce sujet, on suppose que Roger LACROIX ( ou RVLC ), l'un des rares maîtres à utiliser deux estampilles, utilisait l'estampille R LACROIX sur les meubles qu'il vendait lui même et RVLC sur les meubles destinés aux marchands-merciers.

Estampile FC MENANT et Claude JAVOY.jpg

Une estampille couverte de laque n'est pas spécialement de bon augure. En effet, ni les laqueurs, ni même les doreurs, ne laquaient sous les ceintures .... et il est fort peu probable que lors d'une restauration récente , elles aient été recouvertes par négligence  ( cf estampille de MEUNIER ci-dessus ) .

Une estampille peu lisible ( cf estampille de J B DEMAY ci-dessous, relevée sur un siège de grande qualité ), ou déformée par des cloutages anciens ( ceintures des sièges ) est plutôt bon signe ( cf estampilles de VINATIER et de DELAPORTE.Cette dernière a été découverte sous un jaconas posé au XIX ème; elle ne peut être qu'authentique ).

Estampille VINATIER.jpg

DELAPORTE_17.JPG
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Dans le language spécialisé du mobilier ancien, lorsqu'une estampille n'est pas totalement lisible, on parle de " trace d'estampille de - X -" ( cf ci-dessous, trace d'estampille " DECA " , relevée sur un fauteuil Louis XV de facture très classique, pouvant correspondre à plusieurs ébénistes; dans ce cas, on annonce seulement " trace d'estampille " sans plus de précision ).

DECA... TRACE.jpg
DECA trace 2.jpg
 

Si, en fonction de ces traces, on arrive à deviner le nom de maître, le meuble peut être annoncé " estampillé de -X- " ( ce estampille de JBB DEMAY plus haut ).

Je pourrai continuer cette liste, tand les possibilités sont nombreuses !

Quoiqu'il en soit, sachez que, dès la fin du 19 ème siècle, les estampilles ont été falsifiées. Ainsi, de fausses estampilles bien faites ont, avec le travail du temps, le même aspect que les originales. Il est alors impossible de les différencier.

Un commissaire priseur m'a récemment confié, à propos d'une commode de qualité et d'époque transition portant une estampille apocryphe de L. BOUDIN : " l'estampille n'est pas bonne, mais la commode sera de BOUDIN un jour " ...

Quelle importance accorder à l'estampille ?

Il y a encore quelques décennies, on n'accordait aucune importance à l'estampille. Ce qui explique que de nombeux sièges aient été regarnis sans en tenir compte. Un meuble était " bon " par ce qu'il était bien fait, qu'il avait de bonnes proportions ou des qualité indéniables.

De nos jours, la tendance est inversée. Je trouve que l'on accorde une trop grande importance à l'estampille. Un meuble estampillé est systématiquent surévalué par rapport à un meuble anonyme de même facture.

Cette plus value est variable selon la renommée du menuisier ou de l'ébéniste.

Je vous conseille d'accorder une importance toute relative à l'estampille. Attachez vous tout d'abord à bien examiner le meuble, afin de savoir s'il s'agit d'un travail de qualité, s'il s'agit d'un " morceau de bravoure " ou s'il a un intérêt historique ou technique.

Un meuble estampillé de piètre qualité ne vaudra jamais un brave meuble anonyme bien conçu.

Cette règle prend tout son sens pour le mobilier régional, généralement anonyme, mais dont des spécimens de qualité remarquable ont vu le jour, à l'image de ce superbe meuble bureau à cylindre recouvert d'une très belle marquetterie fine ( travail su sud de la France, XVIII ème, peut être du comté de Nice ), qui n'a rien à envier aux créations de DUBOIS ou de DURAND.

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160. Bureau cylindre 006.jpg
160. Bureau cylindre 009.jpg

Attachez vous également à ne pas accorder d'importance au fait que l'estampille soit bien frappée ou partielle. En effet, le meuble n'est pas du tout déprécié ( contrairement à ce que l'on pourrait imaginer ) s'il comporte une trace d'estampille identifiée. C'est d'ailleurs, à mon sens, un gage d'authenticité complémentaire. Une trace non identifiée entraînera une plus value, mais de moindre importance.

En conclusion, s'il est intéressant d'acquérir des meubles estampillés, il faut surtout s'attacher à acheter de beaux meubles. L'estampille permet de relever l'intérêt du meuble, mais je vous déconseille d'acquérir un meuble uniquement parcequ'il est estampillé. En tand qu'amateur, je privilégie toujours la qualité du meuble et son état de conservation à la renommée de son créateur.  

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Si vous souhaitez me faire part de vos réactions,  apporter des précisions à cet article ( qui ne fait que survoler le sujet, j'en ai bien conscience ), ou l'enrichir de vos commentaires,  n'hésitez pas à me contacter .

J'ajouterai bien volontiers les trucs et astuces dont vous pourrez me faire part.